Voyage au Liban avec Dünya Boukhers et Reda Merida

17.02.2020

Voyage au Liban avec Dünya Boukhers et Reda Merida

 

Photographie Dünya Boukhers Poème Reda Merida

 

 

A Beyrouth, rien mais tout.

 

Aujourd’hui le ciel est bleu, le soleil est doux, une légère ébriété imbibe l’air pollué de Beyrouth

 

De vieux corps crevassés se tiennent là où possible

tabouret muret tronc abandonné

leur peau fond

ils lorgnent la vie autour, stupéfaits d’y être encore, abasourdis, étonnés, de ne pas avoir été emportés par la guerre, leur guerre, deux camps qui avec folie s’exterminaient

doucement se consumaient

telle une cigarette

l’identité tue

 

Cet étonnement d’être encore, de persister, est un éther qui remplit l’espace et possède les corps, même de ceux conçus après la guerre entre deux cigarettes, pour les rapprocher de l’essence du monde, de sa fonction essentielle, de se suffir d’être et d’être toujours plus, de s’élargir pour combler tous les creux de l’existence, par le geste, le vêtement, la voix

 

les armes quelques fois

 

De l’autre côté de la rue, une vieille femme traîne ce qui reste de son corps

celui qui persiste aussi

elle traîne ce qui reste de son corps et dans chaque pas laisse une bribe d’elle même

devant une des Vierges qui ponctuent la rue elle allume mille encens

d’une dévotion atone

elle prie pour son salut, ses défunts, et pour cette plaie gaie

le Liban.

 

Au sud

à Chatila manque Genet

déplacés dépecés dépiécés

mais des poules, des fruits, des étages audacieux, Arafat, des rigoles, des fleurs

mais des silhouettes déambulent et des rires ici par là

une indécente légèreté

 

Près de la Corniche qui ourle l’océan

sous les tours toisantes

la mer halète

le soleil exulte

les amoureux pélerinent

Beyrouth résiste