Victoria Hoogstoël: La vie des lampes

 

 

La nuit les lampes sont hyperactives, elles éclairent tout ce sur quoi leur regard se pose et en profitent pour s’enrichir intellectuellement.

Quand on oublie de les éteindre, toute la nuit elles se livrent à des activités de développement personnel avec pour gourous des lampadaires sûrs d’eux. Le matin, on se rend compte de son erreur et on les plonge à nouveau dans le sommeil où elles tirent parti de leurs enseignements nocturnes. On ne fera pas la même bêtise demain soir.

 

C’est dur la vie d’une lampe. On ne vit que quelques heures par jour pour éclairer des cons qui font des activités de merde pour se détendre. Les lampes, elles, ne se détendent presque jamais et quand elles dorment c’est comme si elles étaient mortes. Personne ne peut alors dire si elles sont toujours en état de marche.

Toujours sous tension on ne les remercie jamais, on n’y pense même pas et on les accuse de polluer la planète. Tous les jours elles prient pour qu’on oublie de les éteindre, qu’elles prennent un peu de temps pour elles au lieu de trimer comme des chiennes.

 

Pourtant elles sont cultivées, ce sont de vraies lumières, plus que leurs ennuyants propriétaires. Elles seules s’expriment avec tant de poésie sur les prises électriques.

 

On les traite comme des objets, on ne prend jamais leurs sentiments en considération. Mais elles ne se révoltent pas.

Quand on les allume elles ne refusent jamais de remplir leurs fonctions, elles se contentent de peu et pour elles le courant passe toujours.

Elles pourraient même éclairer les pires horreurs et d’ailleurs elles le font souvent car les atrocités ont toujours lieu la nuit quand personne, à part elles, ne peut en témoigner.

 

Qui ne souhaiterait pas apprendre un peu des lampes ? Tout accepter quoi qu’il arrive et rayonner toujours tant qu’on ne meurt pas. Tant pis pour les angoisses et les doutes, je ne veux pas troquer ma vie palpitante contre une vie de lampe. Moi au moins je peux décider de qui éclairer quand je le désire.