Unseen 2018: Rencontre avec Emilia Van Lynden

 

 

Le Unseen Festival d’Amsterdam revient pour une septième édition qui aura lieu du 21 au 23 septembre. Ouvert sur le monde, à mi-chemin entre une foire traditionnelle et un lieu d’échange qui accueille tous types de visiteurs, la force de l’événement réside probablement dans les choix audacieux qu’elle met en avant. C’est Emilia Van Lynden, la directrice artistique, qui s’assure de garantir une sélection au sein de laquelle la fraicheur et la nouveauté règnent : photographie, jeunesse et nouvelle ère. Rencontre.

 

Interview: Élise Amblard – Illustrations: Victoria Hoogstoël 

 

 

Pourquoi le Unseen Festival a-t-il été créé ?

Les fondateurs du festival ont voyagé autour du monde, se sont rendus à différentes foires et différents festivals de photographie, et ils ont souvent vu les mêmes noms, les mêmes artistes, les mêmes images. Des photographes très connus, souvent décédés : les grands noms du milieu. La jeune génération était la plupart du temps absente. Ils ont donc voulu organiser une foire au sein de laquelle le visiteur peut réellement se rendre compte de ce qui se passe aujourd’hui, et des nouveaux enjeux de la photographie. Il était aussi important pour eux de créer un festival dans lequel tu te sens à l’aise, à rebours de certaines foires très institutionnelles où tu ne te sens pas à ta place si tu ne travailles pas dans le monde de l’art. Ici, pas de pression. Il suffit de bien aimer la photographie. Tout le monde est le bienvenu. 

 

Ces ambitions se sont-elles concrétisées ?

Absolument ! Et le concept perdure. Au fil des années, le festival s’ouvre de plus en plus. Nous invitons des artistes, des collectifs, des personnes qui ne sont pas représentées par des galeries ni par des agents, il y a aussi des académistes, des étudiants… Tous les photographes peuvent y trouver leur place, peu importe le stade où ils en sont dans leurs carrières. 

 

 

© Benedicte Kurzen

 

Quel est le rôle de la photographie dans votre vie personnelle ?

Je suis la pire photographe que vous pourriez croiser. Je connais beaucoup de gens très doués, alors je me sens encore plus mauvaise. C’est peut être ça, le rôle de la photo dans ma vie… Blague à part : pour moi, la photographie a un rôle éducatif et informatif, elle me permet de découvrir tellement d’histoires différentes, qui me sensibilisent et me font réagir au monde qui m’entoure. Elle raconte les communautés, les problématiques sociales ou écologiques. C’est le medium par lequel j’apprends le plus, qui me permet d’évoluer et de prendre conscience de beaucoup de choses. 

 

 

Que pensez-vous de la nouvelle génération de photographes ?

C’est le futur !  Les jeunes ont une façon de regarder le monde de manière instinctive, avec une certaine fraicheur loin des préconceptions que nous développons parfois avec le temps. Ça ne veut pas dire que les autres n’ont pas un regard frais ! C’est simplement que les travaux présentés par la nouvelle génération sont davantage sans gêne, spontanés. Tout est encore en construction, ils appréhendent donc leur environnement avec un très grand degré d’ouverture… Aussi, ils ont grandit avec le digital. Et c’est très important de s’intéresser à la façon dont les images sont regardées aujourd’hui. Depuis quarante ans, le monde est devenu plus visuel qu’avant. Rien que dans les cinq dernières années, avec l’arrivée d’Instagram par exemple : nous sommes entourés d’images en permanence. Et cette jeunesse sait comment utiliser cela, comment raconter de nouvelles histoires. 

 

© Daisuke Yokota

 

© Rahima Gambo

 

Justement, quel est le rôle d’Instagram dans la photographie ? Pourquoi cela change notre rapport aux images ? 

Il y a du bon et du mauvais. On voit tellement d’images que l’on a pas le temps de digérer, de comprendre, d’interroger : il y en a trop. Mais en même temps, nous apprenons aussi à les interpréter, parce que nous vivons dans un monde d’images. Pour les artistes, les réseaux sociaux sont un moyen fantastique de raconter leurs histoires. Cela leur permet de  montrer leur travail, de rentrer en action par eux-mêmes, sans avoir à attendre l’aval de quelqu’un au-dessus d’eux. Cela leur donne un certain pouvoir, un pouvoir qui n’existait pas avant.

 

Le nationalisme gagne du terrain en Europe. Pourquoi est-il important pour vous d’inviter des artistes de nationalités différentes ?

C’est très important de célébrer la diversité, de représenter différents opinions, différentes approches. Ce ne serait pas intéressant de voir les choses à travers un prisme unique. En Europe, nous avons une population qui vient de partout dans le monde, et c’est ce que l’on essaie de mettre en avant dans le cadre du festival. Nous avons des galeries qui viennent du Mexique, d’Iran, du Japon… Cela nous invite à re-considérer les choses avec une autre perspective. 

 

 

La question écologique est au centre de tous les débats, traitée sous toutes les coutures. Qu’en est-il de la photographie ? 

Je pense que les arts en général sont une force très puissante puisqu’ils créent un lien direct, émotionnel aux choses. La problématique de l’environnement est traitée, soulevée par des scientifiques qui s’appuient sur des chiffres, des graphiques, des constats très concrets sur ce qu’il arrive à notre planète. 

 

Qu’est-ce que la beauté pour vous ?

La beauté, ce serait la représentation de quelque chose que je connais, mais qui m’est montré d’une façon qui ne m’a jamais été donnée à voir. Elle se trouve partout, elle est accessible à qui veut bien la regarder.