Mehdi Meklat: « Il faut absolument rester en colère »

15.05.2019

Mehdi Meklat: « Il faut absolument rester en colère »

 

Texte: Élise Amblard – Photographie: Ilyes Griyeb pour Soleil Rouge Magazine

 

En 2008, Mehdi Meklat commence à écrire pour le Bondy Blog avec son compagnon de plume, Badroudine Saïd Abdallah – dit Badrou. Repérés par Pascale Clark, ils officient ensuite comme chroniqueurs sur France Inter pendant cinq ans. Ils écrivent deux romans, Burn Out (2015) et Minute (2017), fondent le magazine annuel Téléramadan avec Mouloud Achour, réalisent les capsules Vie Rapide puis le documentaire Quand il a fallu partir pour Arte. Mehdi et Badrou sont partout. Félicités, encensés, ils sont «les kids» que tout le monde s’arrache, font la couv’ des Inrocks aux côtés de Christiane Taubira et sont même conviés à l’Elysée par François Hollande.

En parallèle de ses activités, Mehdi tient un compte Twitter sous le pseudonyme de Marcelin Deschamps. Je le suivais à l’époque et me souviens d’avoir beaucoup ri, parce que c’était too much, corrosif, parce que c’était un débit hallucinant de threads dans lesquels ce mec vannait tout le monde. Parfois, il allait trop loin, c’était vraiment odieux, ordurier, mais il suffisait d’être un humain pour pouvoir potentiellement s’en prendre plein la gueule, alors cela ne laissait de fait pas la place au doute quant aux intentions de son auteur. Connu et suivi par bon nombre de journalistes, ce compte Twitter était d’ailleurs à l’époque qualifié par l’un d’entre eux de « provoc, farceur, mégalo furieux, (qui)se moque de tout et de tous avec une férocité indécente ».

En 2017, à la suite de l’émission La Grande Librairie dans laquelle Mehdi est invité, une dizaine de ses anciens tweets sont exhumés. On en appelle au boycott, à l’indignation générale. Le monstre se crée, c’est une tornade médiatico-politique devenue autonome, inarrêtable. En pleine campagne présidentielle, « l’affaire Meklat » est récupérée par la droite et le Front National. Mehdi est alors taxé d’antisémite, d’homophobe, de misogyne, et même d’islamiste radical. Tout s’effondre – il part au Japon.

Des amis, de l’amour, de la hauteur, et, finalement, des mots. Après un an de silence, le 21 novembre 2018, Autopsie paraît chez Grasset. C’est une expiration, un ouvrage pur, saisissant, que l’on ne peut pas refermer avant de l’avoir fini. En fait, c’est parce qu’il parle de sa génération – la mienne, la nôtre – pour de vrai. De nos paradoxes et de nos angoisses, de notre construction, du vide abyssal et du trop plein, du bouillonnement et de l’instantané qui se fige.

En avant-propos, il écrit :

« (…) La plupart de mes tweets étaient drôles, bêtes et méchants ; une vingtaine d’entre eux infâmes, ignobles. Je m’en suis excusé dès le début de ce que la presse a appelé « l’affaire Meklat » et j’implore à nouveau le pardon de tous ceux qui se sont sentis blessés ou meurtris par ces tweets. Je regrette, bien plus encore que l’on ne peut m’en vouloir, de les avoir écrits. Je sais que beaucoup me veulent à jamais interdit de parole depuis que j’ai pu écrire de tels mots : ceux là sont libres de ne pas lire ce livre. Pour les autres, je veux revenir sur cette « affaire Meklat », pas seulement pour essayer de comprendre ce qui m’est arrivé et me réconcilier avec moi même, mais parce qu’elle peut être édifiante pour toute ma génération qui crois sincèrement à la virtualité – donc à l’impunité – des paroles proférées sur les réseaux sociaux. »

 

 

C’est le début du printemps, un soleil froid se glisse à travers les verrières de la Colonie près de la Gare du Nord. Mehdi entre, démarche lunaire, regard doux, il me vouvoie d’abord et ça m’étonne, on a trois ans d’écart. Nous sommes installés dans de larges fauteuils un peu déglingués, et il commande un jus d’orange.

 

« À un moment, on ne se relève plus. À un moment, on est un corps qui tombe, on est un corps à terre, et il n’y a plus aucun moyen de se relever de ça. »

 

Si tu devais expliquer qui tu es et ce que tu fais à quelqu’un qui n’a jamais entendu parler de toi, qu’est-ce que tu dirais ?

Que je m’appelle Mehdi Meklat. Que j’ai vingt-six ans, et qu’un jour j’ai trouvé une manière de transformer ma colère, et que ma manière à moi c’est d’écrire, de raconter quelque chose, de tendre un micro, de créer un film. Voilà.

 

A quel moment tu t’es dit : je dois écrire ce livre ?

Tout de suite, quand les choses sont arrivées, j’ai voulu écrire. J’ai écrit, d’ailleurs. Quelque chose qui était de l’ordre du journal de bord, du journal intime, quelque chose qui m’a paru quelques mois après ne pas être en phase avec ce que je voulais écrire. Qui m’a paru très naïf, très enfantin, pas assez concret, pas assez intime. C’est là que j’ai décidé d’écrire mon vrai moi, mon vrai texte.

 

Pourquoi ce titre, Autopsie ? Pour moi, c’est un livre sur la vie.

Oui, mais c’est forcément lié à la mort. Lié au fait qu’à un moment, on ne se relève plus. À un moment, on est un corps qui tombe, on est un corps à terre, et il n’y a plus aucun moyen de se relever de ça. Seulement, le moyen de se relever est de faire l’Autopsie de ce corps là, de ce corps en vie. C’est une autopsie vivante, c’est assez étrange.

 

Comme une mue ?

Oui, évidemment, c’est un livre sur la transformation, sur l’agrandissement plutôt que sur le grandissement. Le fait qu’on s’agrandisse, dans notre esprit, dans nos vies, qu’on soit totalement dans notre époque. Qu’on agrandisse notre Nous. C’est un livre là dessus, sur cette mutation qui appartient à la vie, mais qui appartient surtout à la vie de gens qui viennent de milieux pauvres et qui un jour sont destinés à un milieu qui n’était pas le leur.

Ca fait quoi d’écrire seul ?

Je n’ai pas écrit seul. Je faisais toujours lire le texte à Badrou, j’ai écrit ce livre au Maroc, dans un endroit très convivial, avec des amis qui étaient là. On a beaucoup rigolé, on a passé de très bons moments. On sortait, on se baladait. Je ne suis pas dans le fantasme de l’écrivain torturé qui est dans une chambre noire et qui hésite entre écrire ou se suicider.

 

T’as peur de la solitude ?

Je ne sais pas si je suis quelqu’un de seul. Je suis systématiquement avec des gens qui me paraissent importants. Le fait de se déplacer à plusieurs… je suis comme ça. Pour autant, je suis fils unique… Est ce que j’en ai peur ? J’en sais rien.

 

 

J’ai été surprise, parce qu’à la Fnac, le livre est dans le rayon « média et communication ». Qu’est ce que tu penses de ça ?

Je m’en fous. Il y a peu, une amie réalisatrice qui a remporté un césar (Alice Diop, ndlr) m’a dit que son film était dans le rayon « Films du Monde » à la Fnac. Alors que c’est une jeune française, noire, d’origine sénégalaise. Donc les cases dans lesquelles ils veulent nous mettre ne m’intéressent pas. Evidemment que mon livre n’est pas destiné à ce rayon là. Mais je m’en fous.

 

« On savait que, forcément, il était antisémite puisqu’il s’appelle Mehdi. On savait forcément qu’il était homophobe, puisqu’il s’appelle Mehdi. Puisqu’il vient de la banlieue, puisqu’il est pauvre. Grâce à ça, aux tweets qu’on recherche par mots clefs, sans taper d’autres mots comme arabe, noir, etc, on confirme ce qu’on a toujours voulu dire de ce Mehdi là. Et ça passe.  »

 

Pourquoi personne n’a parlé de tes tweets qui se moquaient des noirs et des arabes ? Pourquoi ils n’ont pas choqué ?

Parce que ça confirmait une suspicion. Ca confirme quelque chose « qu’on savait ». On savait que, forcément, il était antisémite puisqu’il s’appelle Mehdi. On savait forcément qu’il était homophobe, puisqu’il s’appelle Mehdi. Puisqu’il vient de la banlieue, puisqu’il est pauvre. Grâce à ça, aux tweets qu’on recherche par mots clefs, sans taper d’autres mots comme arabe, noir, etc, on confirme ce qu’on a toujours voulu dire de ce Mehdi là. Et ça passe. Et ça devient viral, et ça devient une polémique, et ça devient une affaire nationale. C’est quand même incroyable comme parcours, quand on y pense. Ca naît de fachos qui se prétendent de gauche, et c’est une traînée indélébile, inexplicable, qui se répand. Mais qui a enquêté ? Qui a été lire ces tweets là ? Qui a été lire les 53 000 tweets que j’ai publié ? Qui m’a demandé même, d’avoir accès au fichier des tweets ? Personne ! Parce que ça ne nous intéresse pas, on est là pour confirmer, pour atteindre, pour tuer. Pour causer du tort.

 

Sur le plateau de Quotidien, Yann Barthès a lu tes tweets avec une gravité qui ne correspond pas à ce qu’un tweet représente pour notre génération. Est-ce que cela n’est pas tombé dans les mains de gens qui n’ont pas grandi avec Twitter et qui n’ont pas la même notion de ce qu’est un tweet pour nous? Est-ce que ça n’est pas une question d’âge, un problème générationnel ?

C’est évident qu’il y a un trou noir entre nous et eux. Entre cette génération du passé qui n’a pas les codes de ce qu’il se passe sur internet, de ce qu’il se dit, de ce que ça raconte. De savoir même ce qu’est un tweet, ce qu’est un réseau social. La majorité des gens n’ont pas Twitter. Les gens d’un certain âge ne savent même pas ce que c’est que Twitter, ça ne leur raconte rien. Ma famille même ne sait pas ce que c’est. Evidemment, lire un tweet comme on lirait une phrase de je ne sais quel auteur, non. C’est incomparable. On ne peut pas lire un tweet. Un tweet, justement, ne se lit pas. Parce qu’il ne se pense pas, ne se construit pas. Ce n’est pas une phrase. Ce n’est pas de la littérature, dans le sens où la littérature se construit. Chaque phrase est pensée, chaque mot est pensé, chaque virgule est à son endroit. Un tweet, ce n’est pas ça. C’est l’art de l’éphémère, de la disparition. On apprend plus tard que finalement, ça ne disparaît jamais. Mais pourtant ça l’est.

 

Tu parles du fait d’avoir une forme de suspicion qui plane au dessus de la tête. Il y a quelque temps, dans l’émission On n’est pas couchés, Léa Salamé et Yann Moix ont reçu Nekfeu. Il parle de l’influence de Celine dans son album, mais on sent qu’ils sont sceptiques, qu’ils vérifient. Parce que c’est un rappeur. Ils lui posent la question plusieurs fois de savoir ce qu’il en a retenu… comme s’il passait un oral de français.

Ça ne m’étonne pas. Ce n’est pas un champ dans lequel on doit s’exprimer. Et puis le savoir est essentiel dans nos parcours, dans nos questionnements. Ce qu’on peut raconter nous, ça a été raconté par d’immenses auteurs avant nous. Mais peut-être que notre littérature elle est là pour donner un autre angle de vue, pour l’augmenter. Nous sommes l’héritage d’immenses auteurs, d’un savoir immense. L’un des slogans de la guerre d’Algérie c’est « le savoir, avant le pain ». L’instruction avant le pain. Pour moi, ça résume absolument tout. C’est extraordinaire comme slogan. Les résistants étaient d’immenses intellectuels. On est l’héritage de ça. Quand on nous fait croire que on est simplement l’héritage de quelqu’un comme Smaïn, ou de je ne sais quel humoriste, non. Ce n’est pas vrai. Nous sommes l’héritage de James Baldwin qui a parlé de la question algérienne, d’Hélène Cixous, de Françoise et Jacques Vergès, qui ont tous transcendé ces questions. La question de la décolonisation, toutes les questions liées à notre époque.

 

Pourquoi c’est devenu cool, la banlieue ?

Parce que c’est exotique. Ce qui est exotique est excitant. C’est une forme de chaleur, une forme de sympathie, et en même temps c’est une forme d’inconnu, donc ça fait peur. Il y a quelque chose d’à la fois magnifique et terrifiant. Je pense que c’est ça qui provoque l’attraction. C’est un zoo, on vient chercher des gens de banlieue pour qu’ils animent. Un animateur de télévision est à sa place, il anime. Un humoriste est à sa place, il anime l’assistance, il les fait rire. C’est ça qu’on vient chercher. Une forme d’animation, histoire de « bousculer les codes » mais pas trop non plus.

 

 

Dans le livre, il y a deux choses qui se dessinent sur le fait d’être racisé et issu d’une classe pauvre. A la fois, la volonté d’une certaine classe de gauche, intellectuelle et aisée, de mettre en valeur la diversité, et de l’autre, au moindre écart, de lui asséner un coup dans le dos. Comment tu la théorises, cette schizophrénie ?

C’est : on vous donne un bout de pain, mais on ne vous donne pas la baguette. On vous permet d’accéder à une part du gâteau, à un endroit. Si c’était un vaste lieu, l’endroit de ce lieu serait une chambre, mais pas l’espace complet. Parce que l’espace complet est protégé. Il ne peut pas être introduit par l’inconnu, par l’étranger. C’est vraiment dire : on fait un geste, vous êtes bienvenus, mais pas trop.

 

« Les noirs et les arabes, c’est très bien quand ils font du football, c’est très bien quand ils font rire. Du one man show, ou des films de comédie grand public, mais quand ils commencent à réfléchir à leur situation, à la situation de la société, à leur place dans cette société, à comment ils sont regardés, à la question de la colonisation, de la jeunesse immigrée, alors là non. Ça va trop loin. »

 

Mais avec une réelle bonne intention, ou un mépris sous jacent ?

Ca dépend. J’ai eu de très belles expériences. Quand Pascale Clark nous permet de venir à la radio, c’est avec une extrême bonne volonté, une réelle volonté. Une réelle envie de donner la voix à des gens qui n’étaient pas destinés à cet endroit là. Pour d’autres, c’est différent. Les noirs et les arabes, c’est très bien quand ils font du football, c’est très bien quand ils font rire. Du one man show, ou des films de comédie grand public, mais quand ils commencent à réfléchir à leur situation, à la situation de la société, à leur place dans cette société, à comment ils sont regardés, à la question de la colonisation, de la jeunesse immigrée, alors là non. Ça va trop loin. Quand on commence à évoquer des questions politiques, à introduire le champ médiatique, artistique de manière volontaire, avec envie et désir, alors là non. Ca va trop loin.

 

C’est un héritage colonial. Avec Badrou, tu racontes qu’on vous a comparé à Omar et Fred. Vous devriez donc rester dans le secteur de l’amusement, des amuseurs, et rien d’autre ?

Le corps de celui qui est noir ou arabe est forcément un corps drôle, qui fait le clown, qui n’a pas de position politique. Qui n’entre pas dans le débat. Il a une certaine distance, il nous fait gagner la coupe du monde, mais après il va serrer la main à Macron, parce que justement, il est là pour faire le show.

 

Je suis allée voir Qui a tué mon père d’Edouard Louis, mis en scène par Stanislas Nordey au théâtre de la Colline. Dans le texte, il parle de l’influence des décisions politiques sur les classes pauvres, et il raconte que lorsque le gouvernement avait mis en place une nouvelle allocation pour la rentrée scolaire, sa famille et lui ont pu partir à la mer. Et dans la salle, le public a ri. C’était un rire automatique qui se dérobait d’eux. Tu portes quel regard sur ce genre de situation ?

L’un de mes amis est metteur en scène, et met notamment des choses en scène à la Colline. Il fait du théâtre documentaire, et quand il met en scène des femmes de ménage qui ont une certaine manière de s’exprimer et qui se racontent, les gens rient dans la salle. Ils rient, parce qu’ils ont l’impression qu’on les divertit. Que c’est un spectacle d’humour. Ils ont l’habitude de rire des pauvres, de rire des gens qui sont racisés. Quand on raconte une histoire dure, politique, pour eux, ça fait partie de la blague, forcément.

 

« J’ai beaucoup de mal avec l’insertion. S’insérer à quoi ? A un système ? J’ai pas envie de m’insérer dans quelque chose de préexistant qui ne me plaît pas, qui ne me ressemble pas, qui ne me représente pas. Par contre, la société, elle, s’insère, puisqu’elle te détermine. »

 

Tu écris qu’on ne s’insère pas dans la société, mais que c’est la société qui s’insère en nous. Qu’est-ce que tu veux dire par là ?

J’ai beaucoup de mal avec l’insertion. S’insérer à quoi ? A un système ? J’ai pas envie de m’insérer dans quelque chose de préexistant qui ne me plaît pas, qui ne me ressemble pas, qui ne me représente pas. Par contre, la société, elle, s’insère, puisqu’elle te détermine. Elle détermine qui tu seras. Si tu n’as pas la volonté de t’exprimer, si tu ne réussis pas à exprimer ta colère, c’est elle qui s’insère en toi. C’est elle qui t’oriente. Et souvent dans le mauvais sens. Souvent, elle t’oriente parce que forcément, elle a décidé que tu naitrais ici, que tu irais dans cette école, et que dans cette école on te proposerais de faire tel parcours scolaire. C’est la société qui s’insère. Et moi je suis assez persuadé qu’on est absolument déterminés dès notre naissance à un parcours spécifique, et qu’il en faut de l’énergie, de la volonté et du savoir pour être indéterminé.

 

Tu parles aussi de l’injonction à se positionner systématiquement « pour » ou « contre ». Est ce que c’est quelque chose de profondément nouveau ?

L’époque veut que ça le soit de plus en plus. Les réseaux sociaux permettent aujourd’hui de faire des sondages : sur Instagram, il y a deux choix. Sur Twitter, quatre choix. Ca raconte quelque chose d’assez étrange, d’être soumis systématiquement au vote binaire. A pour ou contre, à oui ou non. C’est un texte de Wajdi Mouawad que je trouve absolument sublime qui dit « laissez nous dire je ne sais pas ». Et pendant presque douze minutes, le chœur de comédien répète « je ne sais pas » des centaines de fois. C’est un moment de théâtre très fort, et ça raconte quelque chose. On ne permet pas aux gens de dire « je ne sais pas », de ne pas avoir d’avis, de ne pas se prononcer. On est dans une quête infinie de la réaction, du commentaire, du lynchage. Si on a voté oui, alors il faut lyncher, si on a voté non, alors il faut laisser. Je pense que ce système là est de plus en plus présent et menaçant.

 

 

Tu penses quoi des gilets jaunes ?

Évidemment que je suis de leur côté, je soutiens évidemment toute personne qui se sent démunie. Démunie de parole, d’argent, de pouvoir, toute personne qui se sent mise au banc de la société, qui ne se sent pas entendue et qui se sent menacée, toute personne qui se sent frappée, atteinte, violée, tuée ; ça ne me paraît même pas être une question.

 

Tu as rencontré Eugénie Bastié et Alain Finkielkraut. Et les deux lanceuses d’alerte qui ont ressorti tes tweets ?

Non, je ne les aie pas rencontrées.

 

Personne n’a cherché à te contacter ?

Non. Évidemment que non, ça ne les intéresse pas. Pour autant, c’était important pour moi d’aller rencontrer des gens qui apportaient une contradiction forte, un jugement extrêmement déterminé, qui me condamnaient. C’est pour ça que j’ai rencontré Finkelkraut et Bastié, je trouvais que c’était intéressant d’aller vers cette contradiction et de permettre la discussion. Une discussion ni filmée, ni enregistrée, qui était dénuée de spectacle. Aujourd’hui, on oppose les gens pour qu’ils créent un moment de télé, un moment de presse. On ne veut créer que des moments, on ne veut pas créer de pensée. On ne veut pas créer de complexité, de réflexion. Seulement des moments. Et les moments éclatent comme des bulles, disparaissent, meurent. Jusqu’au moment d’après.

 

Donc ce débat, il n’était pas de la même violence que par médias interposés ?

Non, parce que chacun est dans son vrai rôle. Celui d’un humain face à un autre, à peu près intelligent, qui veut essayer de comprendre. Après, évidemment que je ne soutiens pas leurs idées, que je trouve ils ont des idées absolument abominables, extrémistes, sur des questions telles que les questions de laïcité, de l’immigration etc. Pour autant, sur des questions qui étaient liées à mon histoire et à mes doutes, c’était intéressant de les rencontrer.

 

« On reste en surface, on écrit des plans de communication pour que les journalistes soient attirés par le sujet, on écrit des stratégies pour attirer leur regard, leur désir, et puis eux ils écrivent des papiers qui ne sont même plus lus. C’est un monde qui s’écroule, c’est un monde du passé qui ne m’intéresse pas. »

 

Comment ça s’est passé, ton retour médiatique ?

Si on avait trouvé un miracle qui permet de ne pas faire de promotion pour un livre dans les chemins traditionnels, j’adorerai le trouver. Malheureusement, c’est impossible pour l’instant. Pour le moment, il faut passer par des parcours qui sont écrits. C’est pas un exercice tellement fascinant, d’autant plus quand tu as une journaliste du Parisien qui te dit qu’elle n’a pas lu, mais survolé le livre, ou que tu te rends compte que les gens n’ont pas soulevé les vraies questions du livre, et qu’ils sont restés en surface. Mais qui parle de ce qu’il y a vraiment dans les livres aujourd’hui ? Qui parle de ce qu’il y a vraiment dans les films, des questions que peuvent soulever des films extrêmement engagés, puissants, qui parlent des questions sociétales à travers l’art ? Pas beaucoup. Voir pas. On reste en surface, on écrit des plans de communication pour que les journalistes soient attirés par le sujet, on écrit des stratégies pour attirer leur regard, leur désir, et puis eux ils écrivent des papiers qui ne sont même plus lus. C’est un monde qui s’écroule, c’est un monde du passé qui ne m’intéresse pas.

 

Dans ton livre, il n’y a pas de majuscule, ni de points. Pourquoi ?

Parce que je voulais une forme brute, violente, radicale qui ne permet pas la suspension. Qui ne permet pas le silence, le temps mort de la lecture. Il n’y a pas de temps mort, en fait. Aussi, je ne voulais pas que l’on extraie des choses de ce livre. Je ne voulais pas que l’on puisse sélectionner une phrase, puisque de toute manière il n’y a pas de phrase. La phrase d’avant et d’après vont ensemble. Donc le livre est cohérent, il est unique dans sa continuité. C’est pour ça que j’ai voulu l’écrire comme ça. Après chacun, fait sa lecture, mais j’ai voulu que ce livre se lise comme ça. Sans silence. J’ai voulu qu’on le lise d’un coup, et qu’on puisse le relâcher, le repousser même, peut être de manière aussi brutale qu’a été le temps de l’écriture.

 

Comment il a été reçu ?

Je suis assez déçu du manque de consistance. On a parlé du livre, j’ai de la chance par rapport à d’autres. Je suis privilégié de pouvoir parler de mon livre, d’aller dans les médias et de pouvoir sélectionner, de pouvoir dire non à des choses. La plupart des auteurs ne le peuvent pas. Donc ça, c’est un privilège assez immense. Pour autant, j’aurais voulu que ça crée une discussion plus profonde que ça. On a parlé de cette histoire, mais on n’a pas parlé du livre. On a parlé de l’histoire, comme on en avait déjà parlé en février 2017. On n’a pas dit que c’était un livre. C’est un livre qui, j’espère, dans le meilleur des cas, peut faire réagir, peut poser des questions. Je pense qu’on écrit pour ça. Donc j’étais assez déçu que ça n’ait pas créé une discussion.

 

Pourtant, cette affaire de tweets ne m’a pas parue être centrale dans ton livre…

Elle ne l’est pas. Elle est le détail d’une histoire, d’une existence. C’est : d’où on vient, où on va, quel héritage on porte en nous, quelle colère on porte en nous, quelle méfiance. C’est tout un tas de choses comme ça, qui sont infinies, c’est pour ça qu’il ne suffirait pas de ce livre pour écrire l’histoire, mais il faudrait d’infinis livres.

 

En même temps, c’est extrêmement intime.

Oui, je pense que c’était trop important. Si on décide d’écrire un livre sur son histoire, sur qui on est, il est absolument indispensable de se raconter, dans la limite de l’intime. Mais effectivement, il y a des choses qui ne sont pas simples à écrire, qui sont particulièrement sensibles, inquiétantes, parce qu’on se dit tiens, untel va lire ça, est ce que ça va lui plaire…? Et puis à un moment, les mots sont plus forts. Dans un combat comme ça que l’on mène, ils gagnent. Ils s’imposent, et ce sont eux qui décident d’être là, presque.

 

Et comment ça s’est passé, avec Seuil* ?

Je n’ai pas de lien avec eux depuis l’histoire. 

 

Il y a une note de Grasset au début du livre, qui, je trouve, est très intéressante. On a l’impression que tout autour de ce livre, des choses se disent, sauf que personne n’en connaît vraiment le contenu.

Oui, je pense que c’était important pour Olivier Nora qui est le patron des éditions Grasset de dire : « ne condamnez pas, lisez, et puis après vous en ferez votre avis. Mais lisez d’abord » et que ça raconte quelque chose au delà de moi. Que moi, je suis là pour raconter mon histoire, mais qui est presque universelle à notre époque. C’est une histoire qui concerne tout le monde. L’histoire d’un voyage social, l’histoire d’une identité schizophrène, d’un moi virtuel… tout ça appartient à notre époque. Ca transcende absolument une simple polémique médiatique.

 

C’est vrai que ces histoires de double virtuel n’ont pas tellement été racontées.

J’ai l’impression que ce sont des questions qui appartiennent à notre temps. C’est maintenant. Donc ça va être raconté, et heureusement.

 

 

C’est quoi tes projets ?

Je viens de finir un documentaire avec Badrou qui s’appelle Demain le Feu. C’est un documentaire qu’on avait tourné en mai 2017, après l’histoire. On avait décidé de traverser la France pendant le mois des élections présidentielles. On est partis de Calais, et on est arrivés à Marseille. On a fait ce trajet là avec une petite équipe de cinéma pour raconter notre présent, notre réel. Autrement, il faut absolument être en mouvement. Ca fait hyper intello relou, mais hier j’écoutais Godard sur France Culture. Comment quelqu’un de quatre vingt neuf ans a des piles de scénarii chez lui ? Ce sont des gens absolument toujours en mouvement, c’est pour ça qu’ils sont des exemples. Jean Luc Godard aujourd’hui, il n’a pas d’argent pour monter ses films, c’est impressionnant quand même de se dire ça. Parce qu’aujourd’hui, c’est le comble du commercial, des films absurdes qui eux sont financés, mis en lumière. Lui, il est chez lui, il fait tout seul, et ça ne l’empêche pas de le faire. Rien ne doit nous empêcher de faire. Ni même le manque d’argent, ni même les attaques, ni les fantasmes que l’on peut créer.

 

« Il faut absolument rester en colère, rester dans le mouvement parce que c’est ce mouvement qui permet l’expression de la colère, et aussi de la transformer, de la construire. »

 

Et l’avenir, en général ? Est-ce que tu es optimiste ?

J’ai l’impression que c’est un grand ciel dégagé, parce que désormais cette histoire est derrière moi. Parce que j’ai publié mon livre, ça a été une étape extrêmement importante. Tout livre est une étape importante dans une vie. C’est quelque chose qui se vide en soi, c’est un sentiment un peu étrange. On retrouve le goût de respirer. Le goût de regarder la mer, de s’allonger dans l’herbe. Après, je parle de ciel dégagé, de vie légère, mais ce n’est pas si vrai. Il faut absolument rester en colère, rester dans le mouvement parce que c’est ce mouvement qui permet l’expression de la colère, et aussi de la transformer, de la construire. Les œuvres que l’on crée, elles sont faites pour exprimer ce sentiment de colère, d’injustice. Donc c’est extrêmement important de garder le mouvement pour ça.

 

Tu es en colère ?

Je suis très en colère. On ne dirait pas ?

 

Non, tu as l’air très serein.

Oui, mais la colère c’est intérieur, c’est un sentiment ravageur. Comment ne pas être en colère aujourd’hui ? Dans un monde tel qu’il est, capitaliste, impérialiste, dans un monde où l’injustice règne, où on tue des noirs et des arabes dans les quartiers populaires… Comment ne pas être en colère ? Comment ne pas vouloir continuer à créer pour raconter ça ? A absolument être dans ce mouvement pour le dénoncer, en quelque sorte, pour le contrer. Notre mouvement, il est contre le leur. Contre leur manière d’avancer, contre leur manière de tuer, contre leur manière de violer, contre leur manière de construire avec violence.

 

C’est une force motrice, la colère ?

Évidemment, mais ça doit être en chacun de nous. Quelqu’un qui n’est pas en colère me fait douter. Je me dis : mais c’est bizarre. Comment ne pas être en colère quand on a vingt cinq ans aujourd’hui ? C’est impossible. A part si on est absolument privilégié, qu’on est dans une bulle qui nous protège de toute réalité sociale. Si on est un fils de, et qu’on vit dans un beau quartier et que la seule priorité et la seule inquiétude c’est de savoir ce qu’on fait vendredi soir, oui, sûrement que là, la colère n’a pas sa place. Mais autrement, c’est impossible.

 

Si tu pouvais dire quelque chose à ton toi d’il y a vingt ans, tu dirais quoi ?

Ne t’inquiète pas.

 

Et à ton toi de dans vingt ans ?

Ne t’inquiète pas.

 

Avec cette affaire, on a beaucoup parlé des choses laides que tu as écrites. C’est quoi la plus belle chose que tu aies écrite ?

Des messages d’amour, que j’écris parfois et que je trouve pas mal.

 

Et la plus belle chose qu’on t’ait écrite ?

Pareil. Un texto d’amour.

 

Tu parles aussi de musique dans ton livre, notamment de La Superbe de Benjamin Biolay…

Oui, j’aime bien. C’est marrant, souvent on m’a parlé de ça. La chanson que je cite, c’est une chanson qui sortait au moment où j’étais à la radio, elle passait énormément à France Inter. Je l’écoutais très souvent. Je trouve que c’est une chanson qui est très belle. Autrement, il y a plein d’artistes que je ne cite pas.

 

Qu’est-ce que tu écoutes, qu’est-ce qui t’accompagne ?

C’est un peu mon rêve, d’écrire des chansons. Pas la musique, mais les paroles. C’est un rêve secret. J’écoute beaucoup de chansons pour voir comment les gens écrivent. Je trouve que les américains sont très fascinants dans leur écriture. Ils racontent des histoires presque quotidiennes dans leurs textes. Je trouve ça assez dingue. J’aime beaucoup la poésie que peut avoir Franck Ocean dans ses textes, j’aime beaucoup l’album de Solange. Aussi, la musique africaine. On m’a envoyé un morceau incroyable hier, qui s’appelle Cadeau empoisonné. Ca date des années soixante dix, je pense. C’est dingue ce que ça dit de ce jeune chanteur africain qui arrive en France avec une sorte d’envie d’être ici, et qui se rend compte qu’en fait, le fait de venir en France, c’était un cadeau empoisonné. C’est génial.

 

Et en France ?

Dans le rap, il y a des choses intéressantes, qui sont peut être de l’ordre du concept. Et je trouve que le concept de Jul est assez intéressant. Même si je ne l’écoute pas forcément. Esthétiquement, c’est assez dingue… enfin, c’est une vraie proposition ! Mais j’écoute de tout. Je suis assez fasciné par le punk. J’en écoutais avec un ami ce week-end. Ca m’a presque fait pleurer. Parce que je me suis dit : qui a cette parole aujourd’hui ? Qui a une parole radicale, puissante comme ça ? Qui va dire enculé de Lepen à la télévision ? Qui va exprimer un soutien indéfectible à une jeunesse immigrée ? Ces mouvements là, je les trouve fascinants. Qui sont les artistes d’aujourd’hui qui représentent ça? Qui explosent les codes, qui ont une parole extrêmement puissante, radicale ? Il y en a très très peu. Voir pas. Je parle de gens qui incarnent une chose politique extrêmement forte.

 

C’est vrai que tout devient lisse, édulcoré.

Oui, tout est lisse. Tout ! C’est vrai. Il n’y a plus aucun relief dans les artistes d’aujourd’hui. T’as l’impression que tout est du divertissement. Mais qui va dire ? Qui va s’exprimer véritablement contre ? Qui va s’opposer véritablement ? Qui va s’engager véritablement ? A part pour faire du divertissement ?

 

Est-ce qu’on peut être un artiste sans être engagé aujourd’hui ?

Non. De ne pas être engagé est une forme d’engagement. C’est à souligner tout autant que ceux qui le sont. De dire qu’il y a une dissociation à faire entre l’art et l’engagement, non. C’est absolument lié et commun, pour moi il n’y a pas de question. La création est forcément dans une forme d’engagement. Qui soit le non engagement, ou qu’il soit un engagement concret. Mais pour moi, un artiste qui raconte une histoire d’amour, c’est une forme d’engagement. C’est une forme de volonté, peut être même politique de raconter les choses. L’Education Sentimentale de Flaubert, c’est un texte extrêmement engagé, extrêmement politique. On parle de classes, on parle du fait d’intégrer une classe sociale différente… Il y a une forme d’engagement nécessaire, et évidente.

 

Donc quand un artiste fait du divertissement, quelque chose de lisse, c’est à cet endroit là qu’on le perd ? Parce qu’il n’y a pas de parole ?

On ne le perd pas. Il a le droit d’exister, c’est évident. Moi je regrette parfois que des gens qui sont extrêmement puissants aujourd’hui dans l’industrie musicale, dans l’industrie du cinéma ne disent rien. Qu’ils disent quelque chose, qu’ils nous fassent respirer ! C’est grâce aux artistes qu’on respire. Qu’on peut se dire : putain, au moins, lui il dit quelque chose. Quand Virginie Despentes dit quelque chose, ça me fait du bien. Quand Annie Ernaux écrit un texte par rapport à la question de Decathlon (débat sur le foulard de sport, ndlr). Je me dis ouf, on n’est pas tous seuls. Ce sont de grandes, d’immenses écrivaines qui sont là et qui nous disent quelque chose. Et il n’y en a pas beaucoup qui nous font respirer, qui nous font croire et qui nous disent : je suis là, je suis avec vous.

 

Mais c’est une question d’accès, aussi. Par exemple, Virginie Despentes, elle n’est pas très médiatique, pas très diffusée.

Parce qu’elle ne le veut pas, donc on s’en fout. Mais quand elle veut prendre la parole, elle sait quoi dire. Elle a des choses à dire pour nous. Ils sont là. Et ça fait du bien. Mais on a besoin que tous ces artistes qu’on écoute aujourd’hui, qui sont dans notre culture populaire, disent des choses, nous soutiennent, se battent. On peut citer les engagements qu’ont pris de grandes actrices comme Adjani. Dans la nouvelle génération, qui ? Quels sont les gens de notre âge qui nous représentent ? Qui ont une voix qui porte et qui sont infaillibles ? Il y a de l’engagement partout, mais il manque aux endroits où ces gens ont du pouvoir, où ils commencent à avoir de l’existence publique et médiatique, parce qu’ils ont peur. Parce qu’on leur dit que ce n’est pas à eux de s’exprimer, que pour avoir tel contrat de pub il faut fermer sa gueule. C’est ça qu’on leur dit, aux artistes. Pour avoir l’Oréal, tu fermes ta gueule.

 

 

Notre jeunesse à tous les deux, est-ce que tu y crois ? Est-ce quelque chose se passe ?

Oui, totalement. Parce qu’on est liés. Internet a permis qu’on soit liés, qu’on se rencontre, qu’on ait les mêmes références. Qu’aujourd’hui, on puisse parler de Kim Kardashian mais aussi des livres de Françoise Vergès. Parce qu’on a internet, et qu’on lit, et qu’on voit ce qu’il se passe. La question décolonniale, elle est au centre aujourd’hui. Des lieux, des endroits, des questions de notre époque. Et on peut parler de tout ça. Donc évidemment, que je suis absolument optimiste de me dire : il n’y a plus de violences policières qui pourraient arriver aujourd’hui sans que ça n’ait un écho. Et heureusement. Donc il y a quelque chose qui se passe chaque jour un peu plus. C’est pas simple, mais voilà, peu à peu, c’est là. Et on se rencontre, on est ensemble. On crée des lieux, on crée des médias, c’est ça qui leur fait peur. C’est cette prise de pouvoir qui leur fait peur. C’est un braquage. Ca fait peur les braquages !

 

Pourquoi on ne voit pas assez de jeunes dans les médias traditionnels ?

Mais on s’en fout ! Est ce qu’on a envie d’être là bas ? Est ce que nous, on a vraiment envie de faire une chronique à la télé ? Je m’en fous qu’on ne me voit pas. Parce que je sais que nous, on se voit entre nous. Je sais que quelque chose se passe, dans le fait que ça s’organise. Les gilets jaunes, c’est fascinant, ça a existé grâce aux réseaux sociaux. Les gens se sont rencontrés, ils ont emmêlé leur colère, ils se sont permis de se lier, de se construire ensemble. Je suis fasciné par le livre Nos Cabanes de Marielle Macé qui vient de sortir. C’est un livre extraordinaire en ce sens. Construire le collectif, leNous. Respirer ensemble. Il faut qu’on respire ensemble.

 

Et politiquement, vers quoi on tend ?

Vers ça ! C’est ça, la politique. Des cercles, des gens qui se rencontrent, qui créent des lieux, des médias, de nouveaux moyens d’expression. Des gens jeunes, qui nous ressemblent, qui créent leur chaîne Youtube, qui ont des choses à dire. C’est par là que ça va passer. Le monde du passé s’écroule. L’ancien monde, comme dit Macron. Il a raison en ce terme, même si lui il est tout aussi ancien que les anciens. Mais la réalité c’est que ce monde là s’écroule. Et qu’on ne va pas venir à leur chevet. 

 

C’est quoi la question qu’on te pose et qui t’énerve ?

Vous les pensiez, vos tweets ? Ca me paraît absurde…

 

Et la question que t’as envie qu’on te pose ?

Qu’on me demande si je suis amoureux.

 

T’es amoureux ?

Ouais.

 

* Seuil est l’éditeur des deux premiers romans de Mehdi et Badrou.