Apaisement et poésie autour du coucher du soleil

16.10.2019

Apaisement et poésie autour du coucher du soleil

 

Du 15 juillet au 31 août 2019, Soleil Rouge a réuni 17 artistes autour d’un recueil estival: Apaisement et poésie autour du coucher du soleil

Bianca Argimon / Clément Garcia-Le Gouez / Emma Panchot / Gaboul / Jalis2019 / Joshua Abecassis / Lola Levent / Léo d’Oriano / Mehdi Krüger / Mehdi Meklat / Nancy Wangue / Reda Merida / Ulla Deventer / Valentin Noujaïm / Victoria Hoogstoël / Xavier Dartayre / Écoute Chérie

 

 

Coucher de soleil à Blackpool, Léo d’Oriano

 

C’est au moment du coucher de soleil, que le jour commençait enfin pour eux, leurs peaux, ou plutôt leurs corps qui se rapprochent au fil du temps que le soleil s’en allait au-delà de l’eau, au-delà de l’horizon, que les choses grandissaient à l’intérieur de leurs poitrines, au fil du temps que la nuit tombait sur la ville (on dit que la nuit tombe, mais jamais que le jour tombe), mais là, c’était bien la nuit qui tombait comme d’un rocher, et voilà qu’ils étaient des vampires de l’amour, comme si leurs coeurs commençaient à battre seulement quand le soleil s’en allait, que le ciel devenait orange sanguine, un orange-orange, une couleur bonbon acide, que le bleu du ciel n’existait plus jusqu’au lendemain, mais seulement, un orange qui filait vers l’or, un truc inattendu, un truc magnifique, il disait, extasié, mais c’est un truc magnifique, regarde mon amour, on pourrait mourir à force de voir ça, et elle, elle était d’accord avec lui, elle calait son visage au creux de son épaule, on avait l’impression qu’ils s’emboitaient parfaitement, et c’est là, c’est maintenant seulement, que leur vie commençait enfin, quand le soleil mourrait, parce que tous les jours, le soleil finissait par mourir, et eux, ils commençaient alors à s’aimer, c’était écrit à l’encre invisible, c’était la règle, ils devaient se retrouver à l’heure du coucher du soleil, puis se séparer au début du jour prochain, ils n’auraient pas pu faire autrement que cela, se voir la journée, quelle idée, c’est impossible, et si on les surprenait dans la ville brulante, et si on les voyait se lézarder comme si de rien n’était, un torrent leur serait tombé sur la tête, la ville même aurait brûlé de le savoir, de savoir qu’ils s’aimaient, il fallait que cela reste interdit, alors quoi de mieux que la nuit, que le soleil couché, que l’horizon de la mer intacte, noire et profonde, comme si la fin du monde s’y cachait, quoi de quoi qu’eux, passionnés dans la ville, dans ce Marseille des bas fonds, quand le béton fumait encore, d’une journée cassée en deux par les normales de saison, que leurs corps suaient à force de marcher dans la rue et baiser sous la pluie d’été, d’être des inconnus, anonymes parmi les noirs et les arabes qui buvaient du thé, qui se souvenaient du bled, qui regardaient la mer à travers la nuit et imaginaient le jour où ils avaient quitté leurs vies, et eux, c’était jusqu’à la mort, qu’ils se tenaient la main sur la Corniche Kennedy… 

Mehdi Meklat

 

Emma Panchot

 

Valentin Noujaïm

 

Protéines de I à V, Bianca Argimon

 

Anse noire, sur le sable aplani par le jeu des enfants et les pas des amoureux, un nouveau né tète mollement la mamelle noire de sa mère, d’où jaillit sa vie, d’où jaillit la vie. Il tète sans relâche et par moment, il laisse fuir des commissures de ses lèvres de petites gouttes nacrées qui, en le caressant jusqu’à la jetée de son visage, lui creusent des rigoles argentées. Il tète encore, les yeux rivés sur le côté, vers le soleil attenant à l’eau, pour ne manquer aucun instant de l’heure sacrée.

L’heure sacrée c’est le jour qui s’évanouit timidement, l’horizon s’embrase, se remue, se consume lentement. Un vent tiède et paisible venu de nulle part coule sur nos corps émerveillés, les arbres derrière nous s’adonnent à un balancement lent et coordonné, comme pour se perdre dans une transe. Des palmiers, des fromagers, des bois d’inde et des cocotiers qui font la Martinique. Leurs feuilles crépitent. Des rayons violacés heurtent ma peau, la pénètrent, synthétisent la vitamine qui solidifie mes os, et puis s’enfoncent encore plus à l’intérieur, dans le dedans le plus profond, pour panser les fêlures et apaiser mes tourments. Et dans cet embrasement du ciel, dans ce bourdonnement infini des arbres, dans le jaillissement de la vie à côté de moi, dans l’assombrissement du sable déjà sombre, dans l’irréversibilité du temps qui passe : je suis heureux.

Anse Noire, Reda Merida

 

2019-2018-2017, Xavier Dartayre

 

Lola Levent

 

 

Ulla Deventer

 

Joshua Abecassis

 

Nancy Wangue

 

7h-12-17h-22h, Clément Garcia-Le Gouez

 

Victoria Hoogstöel

 

Écoute Chérie

 

Gaboul