Mehdi Meklat : “Cinq semaines déjà, et il y a du sang”

19.04.2020

Mehdi Meklat : “Cinq semaines déjà, et il y a du sang”

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Photographie: Ilyes Griyeb / Soleil Rouge Magazine
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À travers son Journal d’un confinement, Mehdi Meklat raconte quotidiennement sur  Instagram son confinement. L’auteur de 28 ans dénonce aujourd’hui les violences policières dans les quartiers populaires suite à l’événement ayant eu lieu hier soir à Villeneuve-la-Garenne.
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” Jour 35, je vous écris du confinement, cinq semaines déjà, et il y a du sang, il y a du sang partout, du sang qui coule, du sang qui tâche le trottoir, du sang seché par le soleil, du sang de ce jeune garçon, défoncé par une portière hier soir, à Villeneuve, alors qu’il roulait en moto, et que la portière d’une voiture de police l’a défoncé, et qu’il a fait « un vol plané », et que son corps s’est écrasé contre un poteau, KO, comme dans un film, mais là, c’est la vraie vie, c’est la réalité, le « vol plané » est vrai, le corps de ce garçon est vrai, ses cris sont vrais aussi, ce sont des cris dans la nuit, des cris comme la mort qui vient, et sur la vidéo, on les entend, ses cris, et on le voit, son sang, et il est rempli, son sang, comme celui de ses ancêtres, il est rempli par la violence, il est rempli par la guerre, il est rempli par la honte, et son sang est lourd, son sang porte son histoire, son sang porte l’histoire de son passé, et hier soir, son sang coulait, comme celui de ses grand-parents a coulé avant lui, quand les colons tuaient et violaient, et son sang a coulé sur le trottoir de Villeneuve, et son sang disait : je coule comme j’ai coulé dans les rivières d’Afrique, comme j’ai coulé sur la terre des ancêtres, et maintenant je coule ici, et il y avait du sang par terre, et ce matin, on s’est réveillés, avec la gueule de bois, nous, ceux qui refusons, et Sara m’a écrit : je pleure, je ne sais pas pourquoi, et Badrou m’a écrit : ça recommence et ça recommencera toujours, et depuis la nuit, nous sommes des corps égarés, parce que le sang qu’il y avait par terre, le sang qui coulait sur le trottoir, le sang de ce jeune garçon, le sang de ses ancêtres, c’est le notre. “
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Retrouvez le Journal d’un confinement de Mehdi Meklat sur Instagram
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