Les 11 questions: Louise Verneuil

07.07.2020

Les 11 questions: Louise Verneuil

 

Une voix éraillée, des textes sophistiqués: la musique de Louise Verneuil nous a fait sourire d’emblée. La jeune femme au pseudonyme choisi par amour familial (Louise, le prénom des femmes qui ont compté pour elle) et musical (Verneuil, la fameuse rue au 5bis de laquelle a vécu Serge Gainsbourg) a sorti son premier album Lumière noire le 10 avril dernier. Rencontre confinée, mais rencontre quand même.

 

Entretien Kenza Helal–Hocke

 

 

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Au saut du lit. 💜🦗🤍 #daisies

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Comment tu te sens en ces temps troublés?

C’est difficile d’exprimer cela en seulement quelques mots. Je suis heureuse que mes proches soient en bonne santé, mais j’ai aussi la boule au ventre chaque fois que je sors de chez moi ou que mon téléphone sonne. Je suis préoccupée et en même temps admirative du travail des « héros du quotidien ».

 

Tu penses que ce qui se passe en ce moment dit quelque chose de notre époque ?

Ce n’est pas vraiment une question d’époque mais plutôt de moment : dans ces moments là, on voit le pire et le meilleur de chacun. Je pense qu’il faut revoir urgemment ses priorités, et surtout profiter de nos libertés individuelles et de cette solitude pour se remettre en question et devenir quelqu’un de bien, ou de mieux.

 

” Je me sens proche de la femme Paco Rabanne, iconique et radicale ! “

 

Ça ressemblait à quoi, Louise Verneuil confinée ?

J’avoue que ma vie de tous les jours n’a pas énormément changé, si ce n’est ce sentiment d’angoisse quotidien. Dans ma vie, je passe plus de temps seule à composer que sur scène mais là c’était assez particulier… Un peu comme un nuage noir dans un ciel de printemps. Alors j’ai essayé de trouver l’inspiration par tous les moyens avec des vieux films, des visites virtuelles de musées, des livres… J’ai pris le temps de réécouter et de découvrir des musiques, j‘en ai profité pour écrire dans mes carnets, j’ai énormément cuisiné aussi, et j’appelais mes proches en vidéo à l’heure de l’apéritif !

 

Une routine beauté particulière au milieu de tout ça ?

Je m’inspire de ma mère, c’est pour moi l’incarnation de la beauté absolue et du charme à la française. Très naturelle, féminine, partisane du « less is more ». Elle m’a appris que le sourire c’est le plus important, tout comme avoir bon cœur. En ce moment, je me sens proche de la femme Paco Rabanne, iconique et radicale ! 

 

C’est quoi pour toi d’ailleurs, la beauté ?

La beauté, c’est dans le cœur que ça se passe, et le charme c’est le plus important, c’est ce qui te rend unique.

 

Ta musique, tes textes et tes visuels sont très inspirés par les années 70. Tu te sens en décalage avec ton époque?

Absolument pas. C’est vrai que je suis très influencée par l’esthétique 70’s et par un certain esprit à l’ancienne : le fait de prendre le temps de faire les choses, de se planter, de recommencer, de ne pas penser au succès à tout prix, de travailler par accident, d’être dans le vrai, toujours. J’ai mis six ans à réaliser cet album, j’ai passé un an en studio avec mon producteur Samy Osta dans une grande liberté et je ne me suis jamais sentie dans la mauvaise époque. Je reste une femme de mon temps, avec mes propres références culturelles. Et je suis très heureuse de toutes les batailles que la cause féminine a gagné durant ces dernières années, même si les choses sont encore loin d’être parfaites et que le combat continue. 

 

Tu sembles être l’incarnation de la nouvelle Françoise Hardy : le jean taille haute, la chemise, la frange, la guitare, les visuels vintage et oniriques… c’est une femme qui t’inspire ?

C’est une réelle inspiration mais surtout pour sa musique et sa manière d’avoir mené sa carrière et sa vie. C’est une femme forte, très affranchie, qui a la réputation de savoir ce qu’elle veut depuis toujours. C’est très inspirant pour une musicienne de savoir que l’on peut tenir tête, rester soi-même, dire non et aller au-delà du statut très confortant mais tout de même très réducteur de muse.

 

D’une manière générale, les artistes féminines de la scène francophone d’aujourd’hui t’inspirent-elles?

Je suis heureuse de voir beaucoup de femmes artistes émerger. J’aime beaucoup le travail de Juniore, le trio mené par Anna Jean. C’est une merveilleuse auteure et compositrice, elle est d’un chic ultime, et les voir sur scène, c’est encore mieux ! J’aime aussi beaucoup la voix et les chansons de Pi Ja Ma, et puis c’est une artiste complète : ses dessins sont incroyables, et drôles… J’aime cette honnêteté, ce refus de rentrer dans les cases ou dans la norme. J’aime ce vent de liberté que ces femmes font souffler.

 

Tu dis que ta musique est féminine et sensuelle, qu’est-ce que cela signifie pour toi?

Cela me ramène au fait que je suis une femme auteure et que j’ai longtemps hésité à aborder certains sujets par peur du jugement. Parler de sexualité ou de sensualité n’a pas été simple : comment trouver les mots sans en faire trop, sans trop en dire ? Qu’est-ce qu’on va penser de moi ? Est-ce trop intime ? Et puis, avec le temps et l’âge, j’ai enfin assumé. Et maintenant je ne m’excuse plus.

 

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La coiffeuse. 💋 #doubletrouble

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Ta chanson Nicotine parle d’une relation toxique, d’une femme sous l’emprise d’un homme malveillant. C’est assez dur, pourquoi as-tu voulu aborder ce sujet ?

J’ai écrit Nicotine après une histoire terrible avec un homme destructeur. J’avais besoin de mettre mes émotions sur le papier, c’était comme une catharsis. J’avais aussi besoin de comprendre les raisons qui me poussaient à retourner avec lui, je ne me reconnaissais plus. Et puis, je me suis dit que si une femme qui vit actuellement la même chose entendait cette chanson, elle se sentirait moins seule.

 

Le titre de ton premier album est Lumière noire, pourquoi cet oxymore ? Tu es attirée par les contradictions ?

J’ai choisi Lumière noire parce que j’ai apprivoisé la tristesse. Elle fait partie de moi, la vie est parfois terrible mais je pense que de chaque événement négatif naît quelque chose de positif. Trouver la lumière à tout prix fut la quête de ces six dernières années, après tous ces sacrifices, ces échecs et ces victoires.

 

L’album Lumière noire de Louise Verneuil est disponible à l’écoute depuis le 10 avril.