Près des yeux, loin du coeur: John Hamon

27.11.2019

Près des yeux, loin du coeur: John Hamon

 

 

Sur les murs de la ville, il y a son visage. La même photo d’un jeune homme à lunettes. Parfois, elle se décline pour faire croire à une exposition physique dans un musée ou une galerie. Le Louvre, la Galerie Perrotin, Le Palais de Tokyo. John Hamon est partout et nulle part à la fois : c’est le propre de son propos, qu’il résume par cette phrase « le degré zéro de l’art », référence appuyée au Degré zéro de l’écriture de Barthes. Il aime laisser planer le doute sur sa véritable identité : il refuse les interviews filmées, et, de manière générale, ne s’exprime pas beaucoup.

Nous avons rendez-vous chez lui. Sur la face de l’immeuble : l’une de ses affiches. Tiens-donc, nous sommes au bon endroit. La lourde porte cochère s’ouvre sur son sourire, il est là, il a vingt ans de plus que sur la photo, mais il a le même regard espiègle, le même sourire du gars qui n’en pense pas moins. Ensemble, nous allons acheter des carottes râpées avant de remonter chez lui. Son appart’ est super clean, immaculé de blanc, rien ne dépasse : « Ça me laisse plus de place dans l’esprit ». Nous nous installons face à face.

 

 

Entretien: Élise Amblard

Capture d’écrans tirées d’un enregistrement vidéo non-publié

 

Photographie: Jéremy Melloul

 

Qui es-tu et que fais – tu ?

Je m’appelle John Hamon, je suis artiste, et pour commencer c’est déjà ça.

 

C’est ton vrai nom ?

C’est mon vrai prénom et mon vrai nom. Ce n’est même pas un diminutif mais je peux comprendre que ce soit sujet à interprétation et tant mieux.

 

«Je suis né en 1982»

 

Tu as quel âge ?

Je suis né en 1982. Je vous laisse compter, c’est plus drôle.

 

 

Quel est ton parcours ?

Je suis né à Clamart. J’ai vécu une enfance heureuse, mais je n’aimais pas trop l’école. J’ai commencé assez tôt à faire de la peinture et de la sculpture, quand j’avais quinze ans. J’ai expérimenté plein de trucs, la matière, la couleur, la toile. Je suis allé assez loin dans l’expérimentation, et je n’ai pas vraiment trouvé mon truc à travers ça. C’est un peu plus tard, en me confrontant à l’histoire de l’art que j’ai trouvé ce projet de promotion en tant qu’artiste.

 

 

Tu as fait des études d’art ?

J’ai arrêté l’école en première, j’ai pris mes parents entre six yeux et je leur ai dit que je voulais être artiste, que je voulais aller aux Beaux-Arts et que je ferai ça de ma vie. Ils ont vu que j’étais décidé donc ils m’ont laissé faire. J’ai eu besoin de faire une prépa pour passer les concours des Beaux-Arts, je n’avais pas le bac, donc j’ai eu besoin d’une dérogation. Pendant cette année de Prépa, j’ai rencontré un prof d’art qui m’a éclairé sur ce qui s’était passé au cours de l’histoire de l’art. C’est là que j’ai compris que la peinture n’était pas forcément nécessaire pour s’exprimer en tant qu’artiste. Cela m’a libéré d’un truc car je n’avais pas un super talent pour le dessin ou la sculpture. Quand j’ai compris ça, j’ai très vite eu cette idée d’afficher mon portrait pour me promouvoir en tant qu’artiste. J’ai eu cette idée là avant même de passer les concours des Beaux-Arts. Ce qui a d’ailleurs été un problème, puisque je suis arrivé avec un projet déjà en place, j’avais commencé à faire de l’affichage.

 

 

Pourquoi un problème ?

Parce que j’ai été refusé dans presque toutes les écoles de France! J’ai passé Bordeaux, Paris, Nice à la Villa Arson. J’ai finalement été pris dans une petite école à Tarbes, dans le Sud – Ouest. Mais je me suis confronté très vite au problème de l’art contemporain. Aux concours des écoles, j’étais souvent accepté sur dossier pour les pré-entretiens. Mais dès que je posais le projet sur la table, ils ne comprenaient pas. Ce que je vis aujourd’hui dans le milieu de l’art, je le vivais déjà à l’époque.

 

 

Selon toi, pourquoi ne comprenaient – ils pas ?

Il y a une forme de radicalité dans mon travail, tu arrives avec un truc, c’est juste un portrait. Il y avait un concept assez direct qui était sujet à incompréhension qui donnait suite à un rejet. C’est ce qui se passe en général dans l’art : quand les gens ne comprennent pas ils rejettent. Après il faut savoir qu’aux Beaux-Arts, les profs qui se veulent influents ont envie que tu sois leur représentant si tu fais carrière. Ils aiment bien pouvoir te modeler à leur manière. Quand tu arrives avec un projet établi, qui tient la route, ils voient qu’ils auront du mal à le faire. Je pense aussi qu’aujourd’hui, on fabrique des élèves qui correspondent à une façon de penser. On sélectionne des gens qui sont susceptibles de pouvoir rentrer dans le moule. Mais tout cela n’est pas nouveau.

 

« Les institutions ont dû s’adapter à l’art contemporain. Le problème, c’est que le temps qu’elles s’adaptent, on était déjà un peu sur la fin. »

 

Comment ça se fait ? Quelle est la source de ce truc-là ?

Les institutions ont dû s’adapter à l’art contemporain. Le problème, c’est que le temps qu’elles s’adaptent, on était déjà un peu sur la fin. Je considère que l’art contemporain est une période, et là on voit que ça continue plus comme une idéologie, un modèle de pensée. Elles se sont adaptées à ça, mais c’était déjà la fin. On voit bien qu’aujourd’hui on est sur le déclin de cet art contemporain. C’est à bout de souffle, conceptuellement c’est plus du tout d’avant-garde. Tu prends des artistes comme Buren, qui sont des têtes d’affiche de l’art contemporain, ce sont des gens qui n’ont pas loin de 80 ans donc ce n’est plus vraiment contemporain. Et là on est à un moment où l’institution n’est plus malléable comme les artistes le sont. Elle a forcément un temps qui en l’occurrence est un temps de retard. Mais elle ne l’a pas intégré et se perçoit toujours comme le phare du monde.

 

 

 

« Il y a toujours une forme de dialogue entre les artistes. (…) C’est un jeu qui se met en place entre les artistes du passé, du présent et du futur. C’est un jeu d’esprit. »

 

Si tu devais expliquer John Hamon à quelqu’un qui n’en a jamais entendu parler, tu dirais quoi ?

C’est la promotion qui fait l’artiste, ou le degré zéro de l’art. J’ai essayé de réduire à une essence ce qu’est l’intention de l’artiste, qui pour moi est de faire sa promotion. Cette phrase fait écho au Degré Zéro de l’écriture qui est un livre de Roland Barthes et à Marcel Duchamp qui parlait du regardeur qui fait le tableau. On est dans cette même musicalité qui se réfère à des pensées desquelles je suis issu. J’ai toujours voulu intégrer ma démarche à une continuité de l’histoire de l’art. L’histoire des hommes par le biais de l’histoire de l’art.

 

Considères-tu que les artistes parlent entre eux à travers les époques ?

Il y a toujours une forme de dialogue entre les artistes. L’histoire de l’art et l’histoire de la peinture ne sont que des remises en question. C’est un jeu qui se met en place entre les artistes du passé, du présent et du futur. C’est un jeu d’esprit.

 

 

Considères-tu que tu appartiennes à un mouvement ?

Oui, à celui de l’art promotionnel. Celui qui lie tous les artistes de fait. Tous font leur promotion consciemment ou inconsciemment. Je considère alors que tous les artistes qui font leur promotion, font alors partie de ce mouvement.  Le talent étant en général la première chose dont ils se servent pour cela.

« Je considère que la promotion c’est la pierre angulaire de l’histoire de l’art. »

 

Qu’est ce qui te différencie des autres alors ?

J’ai essayé de le faire consciemment et de le pousser à son paroxysme. La plupart des artistes, si tu leur dis qu’ils font leur promotion ils vont te jeter des cailloux. Mon travail est différent parce que je me suis axé sur cet aspect – là. Ce n’est pas très loin de ce que faisaient les minimalistes, qui ont simplifié les lignes, simplifié l’expression picturale. Comme la peinture a été emmenée à son degré zéro, je m’en suis servi pour parler du degré zéro de l’art. Je considère que la promotion c’est la pierre angulaire de l’histoire de l’art.

 

Et cette photo, elle vient d’où ?

C’est une photo d’identité scolaire qui a été faite avant que le projet émerge. Elle a un côté un peu stricte, et en même temps j’étais avec mes copains le jour de la photo de classe, on s’est passé les lunettes d’un de nos potes et on a tous mis ses lunettes sur la photo. On a tous ces lunettes là sur la photo. L’humeur était à la rigolade, ce qui contraste avec l’intention du photographe qui souhaitait faire une photo d’identité simple et sérieuse. Au moment où j’ai reçu la photo, j’ai senti quelque chose de particulier. C’est par la suite, quand j’ai eu l’idée du projet que c’était évident.

 

 

Tu étais quel genre d’ado ?

Je faisais des conneries. Je n’étais pas un élève modèle. Mais bon, je pense que ça se voit. J’ai une anecdote que ma maman me raconte souvent : quand j’étais tout petit, dans le parc, j’escaladais. Dès qu’il y a des limites, j’essaye de les franchir. J’aime bien aller au delà.

 

Pourquoi ?

Je n’en sais rien, ça c’est de la psychologie. Peut-être qu’il y a un truc avec la liberté, le risque et la curiosité, comme en montagne avec le hors piste. Mon tempérament, ce n’est pas d’aller à la simplicité. Quand c’est trop facile, je m’ennuie. Je suis attaché à la notion de défi. Mais la psychologie dans l’art cela ne m’intéresse pas trop, on tombe très vite dans le pathos.

 

 

Et tu ne penses pas que c’est lié ? Que l’art c’est l’expression de la psychologie ?

C’est évident qu’il y en a une part dans ce que je fais. Le travail d’un artiste est intéressant pour plusieurs raisons, mais certainement pas principalement pour son aspect psychologique. Dans le minimalisme par exemple, ce n’est pas le sujet, cela parle d’autre chose. C’est souvent le piège des artistes qui nous racontent leur histoire dont on se fout complètement ! Ce n’est pas ton histoire qui fait un bon travail. Quand j’ai commencé à m’exprimer plastiquement, ce que je sortais de mon intérieur n’était pas intéressant, ça ne dépassait pas ma propre personne donc je n’y voyais pas un intérêt pour les autres. C’était un exutoire, mais de là à l’imposer aux autres… C’était plus libérateur qu’autre chose. Mais bon voilà… C’était peut être intéressant à une certaine époque, mais ça ne l’est plus. Voilà pourquoi c’est important de se confronter à l’histoire de l’art, ça évite d’enfoncer des portes ouvertes.

 

Est-ce que tu t’estimes accessible à des gens qui ne sont pas initiés à l’art ?

Je pense que mon message est reçu par tout le monde car je m’adresse au plus grand nombre en rendant mon travail le plus visible possible. Après, toutes les subtilités ne le sont pas forcément. J’impose mon visuel par le biais de l’affichage, de la projection et en utilisant différentes stratégies publicitaires. C’est une manière de reprendre le dessus sur la question de l’interprétation. Les gens peuvent interpréter mon propos de façon multiple, ils peuvent ne pas comprendre ce que je suis en train de faire, mais ils le reçoivent de la manière dont je veux qu’il soit reçu. A partir du moment ou tu le vois et que ta mémoire l’enregistre, il y a une mécanique à laquelle tu ne peux pas vraiment échapper. C’est en ça que cela m’intéresse.

 

 

Tu as l’air d’avoir un avis assez précis sur le monde de l’art. Quel est ton propos ?

La chose qui me préoccupe le plus, c’est que l’art est de moins en moins fait par les artistes. Aujourd’hui, on voit qu’entre les institutions, le marché, les fondations, les mécènes et tous les intervenants qu’il peut y avoir dans ces univers…  les artistes sont devenus la dernière roue du carrosse.  Il y a des gens qui ont tellement de pouvoir, qu’ils ont pris le dessus sur les artistes. Et maintenant, les artistes ne sont plus là que pour illustrer des propos qui ne sont pas vraiment les leurs. Les artistes ne sont plus à l’avant-garde de la pensée artistique. J’essaie de me battre contre ça et de reprendre le pouvoir parce que cela me semble être un vrai problème. L’art a toujours été fait par les artistes, qu’on le veuille ou non. Mais aujourd’hui, cela se passe différemment. Beaucoup de gens pensent que c’est  normal que les choses se passent comme cela. Mais moi cela ne m’intéresse pas de savoir ce que pense une institution ou une fondation sur l’art, car aujourd’hui ce sont eux qui orientent et pensent l’art en France au lieu de simplement le rendre visible et le promouvoir.

 

Le problème est-il davantage le fonctionnement que le fond ?

Oui mais c’est lié, car les artistes sont obligés de s’adapter. C’est difficile de se rebeller. Beaucoup sont obligé de se soumettre à ce système pour avoir un peu de visibilité. C’est déjà difficile d’être artiste, alors si en plus tu es complètement exclu de ton univers car tu remets en question ce monde-là tu n’as même plus d’espace. C’est délicat, même humainement et socialement, c’est délicat. Mais normalement, et c’est ce que je fais, tu dois te battre pour garder ta liberté.

 

« Promouvoir: c’est faire avancer, et c’est l’essentiel. Une planète, si elle n’est pas en rotation, elle ne peut pas exister. La pensée et l’Homme c’est pareil. L’Univers est en mouvement, donc les choses ne peuvent pas rester figées. »

 

 

C’est le rôle des artistes ?

Les humoristes ont beaucoup de succès parce qu’ils arrivent à prendre de la distance par rapport à la société, donc ça permet de prendre du recul et d’en rire. Les artistes ont presque le même rôle de façon plus profonde. En général, ils remettent en question des choses plus complexes. Je pense que c’est sain, c’est comme les rêves. Cela permet de remettre le cerveau en place et d’avancer. On peut revenir sur le mot promotion. Promouvoir: c’est faire avancer, et c’est l’essentiel. Une planète, si elle n’est pas en rotation, elle ne peut pas exister. La pensée et l’Homme c’est pareil. L’Univers est en mouvement, donc les choses ne peuvent pas rester figées. Dans le monde de l’art actuel, c’est le gros problème, on est plus que figés, on est enracinés dans le bitume.

 

 

Quelles sont tes inspirations ?

C’est difficile de te dire ce qui m’intéresse le plus dans le travail des artistes. En général je m’intéresse surtout à l’aspect promotionnel de leurs pratiques.

 

Comment ça s’est passé quand tu as fait les fausses affiches Perrotin et Palais de Tokyo ?

La particularité de ce projet, c’est que j’organise une exposition sans avoir l’accord du lieu. C’est tout l’enjeu du projet. J’ai contacté le palais de Tokyo pour leur dire que j’avais besoin de leur logo pour réaliser l’affiche de l’exposition John Hamon. Ils m’ont dit qu’ils ne trouvaient pas l’exposition dans leur calendrier. C’est remonté jusqu’à la direction, jusqu’à ce qu’ils comprennent qu’il y avait une démarche artistique qui se mettait en place et que peu importe la façon dont ils réagiraient, cela ferait partie de l’œuvre globale. Cela pose une question, à partir de quel moment il y a exposition ? Je considère que le fait de communiquer sur une exposition, c’est déjà une exposition. Avec cette action, à la DRAC, un certain Emmanuel Michaud m’a fait remarquer que je m’étais grillé avec des gens influents du milieu de l’Art. On a mis la pression sur mon avenir artistique, mais cela ne m’impressionne pas. Au delà de la communication, il y a aussi un acte qui fait exposition, c’est lorsque je fais une projection pendant le vernissage. La campagne d’affichage faisait aussi partie de l’œuvre. Pendant l’exposition du Palais de Tokyo, je suis très mal reçu. Ils m’envoient des vigiles pour bloquer le projecteur, ils ont mis leurs avocats en copie de nos échanges par e-mail pour m’impressionner .Mais ils ont préféré ne pas appeler la police parce qu’il y avait beaucoup de monde sur place.  Mais s’ils avaient pu, ils l’auraient fait. C’était assez violent. Si on veut vraiment poser la question de la censure : il ne peut pas y avoir de censure d’un artiste qui est invité. Si la direction choisit l’artiste, elle sait que ça va rester dans les clous parce qu’elle a elle même choisit les choses. Lorsque tu fais une action comme une projection et que le Palais de Tokyo t’envoie des vigiles et des avocats, là tu peux parler de censure. Le directeur du Palais de Tokyo ne va pas retirer l’œuvre d’un artiste qu’il a lui-même décidé d’exposer. Ils utilisent des artistes pour faire ce que la direction veut faire. Donc ce ne sont plus les artistes qui font l’art. J’ai voulu reprendre le dessus parce que ça me paraît être important. Il faut plus de liberté, et les institutions doivent sortir de leur rôle d’idéologues. Normalement, leur rôle c’est de faire la promotion de nouvelles pratiques artistiques. Ces espaces et les financements doivent servir à mettre en avant des artistes qui ont des pratiques différentes.

 

 

Quand on parle art et qu’on pense art, on pense élite intellectuelle. L’art est-il déconnecté des classes populaires ?

Non pas l’art mais l’art contemporain oui. Mais l’art pour les classes populaires ce n’est pas bon non plus. Car c’est ce qui se passe avec le “street art“ qui est mis en avant par les classes populaires pour essayer de répondre à ce problème. Alors qu’il faut arrêter de se mentir le “street art” c’est peut-être au mieux décoratif pour certains et divertissant pour d’autres mais ce n’est pas très intéressant artistiquement. Pour moi c’’est donner du lard à des cochons. Le problème c’est que quand tu donnes aux gens ce qu’ils veulent voir, ça finit toujours en TF1. Mais je comprends le rejet de la part de certaines personnes qui ne comprennent pas ce qui se passe dans l’art, parce qu’il y a beaucoup d’abus et notamment avec l’art contemporain qui tourne en rond depuis des années et qui est complètement hermétique. Mais pour moi l’art contemporain et le street art sont deux extrêmes à ne pas suivre. Il faut remettre l’art au centre! Même s’il est normal que la complexité de l’art soit parfois comparable avec certaines avancées scientifiques. Avec les théories de Planck, ou même d’Einstein, la plupart des gens ne les comprennent pas vraiment, mais cela n’enlève pas de leur intérêt pour l’humanité. On ne peut pas reprocher à l’art d’être complexe, mais on peut en vouloir au milieu de l’art contemporain actuel qui rend cet univers élitiste en faisant passer cela pour de l’art, ce qui pour moi est du pur snobisme et a des conséquences dramatiques.

 

Est-ce que John Hamon a un gilet jaune ?

J’ai envie de te dire que les artistes sont toujours un peu à l’avant-garde de quelque chose. J’ai projeté sur l’arc de triomphe ou l’Assemblée Nationale, il n’y a pas longtemps. J’ai toujours dit que c’était pour reprendre le pouvoir symboliquement. Et dans cette révolte populaire, il y a une envie de faire partie de la société. Il y a l’idée de reprendre en main son destin parce que les gens n’ont plus confiance. Je me sens forcément proche de ces gens car l’exclusion que l’élite politique de moins en moins légitime exerce vis à vis du peuple actuellement est la même que pratique la pseudo élite artistique depuis des années face aux artistes. Tout est lié. La réponse de ces élites est très souvent de t’ignorer ou de faire appel à la force mais jamais de trouver des solutions constructives. Le problème c’est que très souvent les gens finissent par se retrouver confronté à une forme de violence quand ils veulent vraiment s’exprimer. C’est lamentable de devoir en arriver là, mais de mon côté j’essaye toujours de trouver une solution artistique pour me faire entendre.

 

Et le futur, comment tu le vois ?

Il y avait des dinosaures, il n’y en a plus. On disparaîtra peut-être, je ne sais pas. L’art c’est aussi essayer de survivre le plus longtemps possible en se transformant en idées, en trouvant des stratagèmes pour exister d’une autre manière.

 

T’es optimiste ?

Je suis plutôt neutre. Ni vraiment négatif, ni trop positif. C’est une façon d’être assez confiant pour l’avenir. Après, physiquement, on va tous disparaître. Est-ce que c’est un drame ou est-ce que ça fait partie d’un cycle ? Je ne peux pas vraiment y répondre.