Jalis Vienne: Lettre ouverte aux institutions culturelles

 

 

J’ai grandi avec la précarité, avec le sentiment d’être invisible, faisant parti de ceux que l’on appelle les citoyens lambdas, ou pour les plus téméraires, le peuple. J’ai grandi avec le sachet de 1kg de tartiflette surgelé DIA, avec les coupures de chauffage en plein hiver, avec les conseillères d’orientations pessimistes qui t’expliquent que tu n’as pas d’autres solutions viables et les étiquettes blanches Carrefour Discount. Mais j’ai aussi grandi avec l’école de la République, celle qui dit permettre l’éducation pour tous, et qui laisse entrevoir l’espoir à celui que décide de le voir, ou en tant cas à celui qui en a encore la force. J’ai aussi grandi avec Internet et ses possibilités infinies d’enrichissement, de rencontres et d’ouverture.  J’ai la chance d’avoir grandi avec deux cultures: algérienne et française transmises par deux parents aux histoires opposées mais parallèles: une jeune fille d’immigrés des années 80, les bougnoules comme on les appelait, avec leurs 9 enfants entassés dans un 3 pièces à Blanc Mesnil. Cet HLM attribué pour quelques centaines d’euros, tapissé de papier peint fleuri et envahi par l’odeur grasse du couscous-frite dominical. Ma mère, fille de la marche des Beurs, souvent trop rebelle aux yeux des siens, profondément laïque, et assurément en chemin pour l’égalité et l’intelligence collective. Un jeune homme franco-français, fils d’un ouvrier en métallurgie et d’une gardienne d’école, installés depuis des générations à Stains, en Seine-Saint-Denis. Pâté en croute et cidre brut. Un jeune communiste convaincu par l’idée neuve de la tolérance et de l’ouverture aux autres cultures. Engagé pour l’égalité des chances et pour un dialogue apaisé entre les français. Mon histoire est celle de notre génération. Notre génération a grandie avec ce mélange aussi complet entre les genres, les visions, les cultures et les points de vues. Notre génération a la capacité neuve de parler à tous et de transformer la société et son futur de fond en comble. Nous ne sommes pas les artistes d’hier, nous avons un regard nouveau et différent. Nous n’avons pas eu besoin d’être né dans un milieu aisé ou élevé intellectuellement pour nous connecter à l’éducation pour tous et à la prise de conscience pleine. Notre génération fait elle même le choix de se rejoindre et de se tendre la main, nous nous choisissons par amour et conviction, loin des étiquettes et des barrières sociales. Notre génération est en train de briser les frontières que j’ai tant ressenti pendant mon enfance. Celles des discriminations ethniques, territoriales, sociales, sexuelles. Nous avons trouvé un langage commun, nous avons puisé dans notre culture commune pour nous rassembler. Nous serons bientôt capables de nous écouter et de nous comprendre. Nous avons grandis ensemble, nous nous sommes rencontrés par hasard et nous sommes tombés amoureux. Nous avons vus en nous le combat commun de notre jeunesse, celle de la profonde envie d’un monde plus juste et plus libre, un monde loin de la violence et des inégalités. Je crois que les artistes de 2020 seront capables de changer la face du monde et de marquer un profond virage pour notre société future. Messieurs, mesdames, il va donc de votre devoir de bien nous choisir, avec votre coeur et avec vos convictions, de ceux à qui vous déciderez d’amplifier la parole. Pour le reste, ne vous inquiétez pas, vous avez créée Internet.