Gilets Jaunes: L’amour gagne toujours

09.12.2018

Gilets Jaunes: L’amour gagne toujours

 

 

 

Soleil Rouge soutient le combat pour la liberté et l’égalité

Soleil Rouge soutient le mouvement des Gilets Jaunes

 

Photographies: Jalis Vienne Boulemsamer

 

 

Où diable étaient les hommes pendant la guerre ?

Aujourd’hui les hommes combattent. Moi, je suis au café.

Je passe devant l’hôtel de ville, pendant qu’eux le prennent.

Je règle pour deux, six euros que je ne compte pas.

Je passe au travers.
La rue est prise, déchirée en deux, et je souris aux flics.
C’est comme ça que je fais, j’ai le choix de payer, j’ai le droit de régler, je pars, et après je dors.
Je dors paisiblement sous les cris du ventre.
Je dors confortablement contre leur l’inconfort.

Je traverse la rue qui mène du métro Pont Marie au métro Saint Michel. Ils sont là et ils crient, moi, je passe au travers. Je suis d’un côté et de l’autre.
Je ne suis rien à ce moment là.

Je retrouve mon amour fini qui bientôt ne sera plus dans la rue gagnée par la fumée. Je règle les deux cafés et je pars comme je suis venue.
Ils restent.

Je rentre dormir, je dormirai encore quand je rentrerai à nouveau. Eux, ils restent.

Il y a des informations partout, moi, je passe au travers.
Je me glisse entre deux annonces, je ris sans savoir de qui ou de quoi, parce que je crois que c’est ce que les gens comme moi doivent faire.

L’autre jour, quand le bus s’est arrêté, le chauffeur m’a dit : « madame c’est la guerre, on s’arrête ici ». Et moi, j’ai continué. J’ai marché jusqu’à l’école parce que j’avais à faire.
On a toujours quelque chose à faire quand c’est la guerre.

Et pourtant je sentais bien que je devais m’arrêter quand je passais entre les hommes qui criaient contre la vie. Je sentais bien que mon oreille devait s’attendrir.
Mais il y avait toujours à faire pour moi.

Mon amour était mort, et moi, je m’y accrochais comme à mon dernier souffle.
Eux, ils voulaient naître à nouveau, moi, je suis morte au café ce jour là.

Ils étaient à l’unisson contre la force, moi, je me pliais doucement sous les matraques à qui je faisais de l’oeil, à qui je souriais poliment, parce que c’est comme ça que les gens comme moi font.

Quand c’est la guerre, ils continuent la tête baissée.

Ce n’est pas le sens du devoir, c’est le sens même.
Arbitraire. Froid. Rectiligne.
Il n’y à rien de nouveau pour moi après le café et mon amour fini.

Eux, ils restent dans la rue jusqu’au petit matin.
Je rentre dormir pendant que leur conscience s’éveille, je m’éteins, parce qu’il n’y a rien pour moi après le confort du sommeil.

Où diable étaient les hommes pendant la guerre ?

Moi, j’étais au café.

 

Pauline Delfino