Fisdimigré: “Je veux toucher les gens et pas le RSA”

13.01.2020

Fisdimigré: “Je veux toucher les gens et pas le RSA”

 

Victor Guti, connu sous le nom Fisdimigré est né à Arles où il est resté jusqu’à la fin du lycée. Après avoir réalisé ses études aux Beaux-Arts de Nice, Victor s’est installé à Paris. Son oeuvre plastique prend différentes formes : vêtements, collages, peintures… avec toujours un message qui le guide: sur l’argent, la société de consommation, entre autres. À travers des punchlines comme « Je veux toucher les gens et pas le RSA » Fisdimigré met en évidence la précarité de l’art et du travail. Son univers baigne dans la culture rap, l’argent, la mode, la France, la Roumanie. Un art sans règles, sans tabous, sans limites formelles, uniquement une expression contemporaine de sa propre histoire. Au cours du mois de décembre dernier, Fisdimigré a dévoilé ses résolutions pour 2020 en exclusivité sur le compte Instagram de Soleil Rouge : une création chargée d’ironie, et de critique.

Entretien: Maria Teresa Betancor Abbud – Photographie: @1kiloburrito

 

Pourquoi “Fisdimigré“?

Mon père a l’habitude de blaguer en me disant que je suis un immigré. Un jour, c’est sorti sur une peinture et depuis ça bouge pas.

 

Ton histoire personnelle a beaucoup d’importance dans ta création?

Elle en a de plus en plus, c’est vraiment devenu ce dont j’ai le plus envie de parler, c’est ce qui fait de moi ce que je suis. Ça conditionne mes idées et ma sensibilité.

 

 

« J’aime les BM, l’argent, les sapes »

 

Quelle est ton inspiration principale?

La musique c’est ce dont j’ai le plus besoin. J’écoute beaucoup de rap et je suis très attentif aux paroles. Je suis aussi très sensible à toute l’esthétique qu’il y a autour : j’aime les BM, l’argent, les sapes. Ça me plaît surtout parce que je peux créer plein de liens entre l’imaginaire de l’univers rap et ce que j’ai pu voir en Roumanie.

 

Comment définirais-tu ton esthétique?

Je me sens très proche de l’ignorant style : j’évite les contraintes techniques, je mets en avant les défauts et j’en fais ma marque.

 

 

Comment as-tu commencé à te lancer dans la mode? 

Mon premier souvenir de création textile date du collège. J’allais beaucoup chez Emmaüs, je récupérais des vêtements de marque, je découpais les logos et les mettais sur des casquettes. Au final, c’est un peu ce que je fais encore aujourd’hui mais en plus sérieux et plus poussé. Je pense que la mode c’est une forme artistique qui a une répercussion directe sur la société mais il y a beaucoup de choses qui doivent changer dans la façon de consommer et de produire. J’aimerais m’inscrire dans une démarche éthique et responsable.

 

« Je m’identifie avec Jul : je parle de ce que je vois de ce que je vis. »

 

Dans tes créations, il y a une très forte part de politique, je pense notamment à des phrases comme « L’immigration habille la France » ou le collier gilet jaune. Comment te positionnes tu en tant qu’artiste dans la politique? Penses-tu que l’artiste doit s’impliquer dans la société?

L’art doit servir des causes. Par contre, je ne me suis jamais dit « je vais être un artiste engagé ». Je m’identifie avec Jul : je parle de ce que je vois de ce que je vis. Quand tu es né en France et que t’as passé tous tes étés en Roumanie, tu ne peux pas être insensible aux inégalités sociales.

 

 

« Liberté, égalité, fisdimigré » : on pourrait considérer ces mots presque comme un manifeste politique, quel message veux-tu envoyer?

J’ai pris du rap l’efficacité de la punchline. En France il y a un vrai tabou sur l’immigration. Les médias veulent nous faire croire qu’il y a d’un côté les français, et d’un autre les français moins français. Je pense qu’une grande majorité des français sont conscients de cet acharnement médiatique qui a pour seul but de détourner le débat des vrais problèmes. Si j’avais un message à envoyer ça serait : l’immigration aime la France / La France aime l’immigration.

 

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Retrouvez les résolutions de Fisdimigré en intégralité sur notre compte Instagram

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Par rapport à la fusion de symboles politiques et des marques : tu le conçois comme une dénonciation politique ou c’est une représentation de la société actuelle (et son colapse) ou les deux?

Les deux. Dans mon travail j’utilise beaucoup d’objets que j’accumule dans mon atelier (des briquets avec des femmes nues ou des mouchoirs en imprimé billets de 500 par exemple). J’aime ces objets mais je suis conscient de la violence qu’ils représentent et je ne le prends pas du tout à la légère. Si je les utilise c’est aussi pour dénoncer. C’est pareil pour les logos des marques, c’est des symboles de la société et j’aime jouer avec.

 

 

Tu utilises beaucoup le collage dans tes créations, pourquoi ce choix?

Le collage c’est une façon simple d’arriver à ses fins sans compromis. Par exemple : si je veux peindre un cheval qui court en bord de mer mais que je ne sais pas comment dessiner un cheval, je vais acheter une housse de couette avec un cheval et je vais peindre autour.

 

Tes résolutions de 2020 : comment as-tu abordé le projet?

En écoutant du rap surtout. Ça parle principalement d’argent puisque en tant qu’artiste l’argent est une nécessité mais aussi une motivation. Je vends ce que je suis, mon travail c’est moi, mon histoire, celle de mes parents.

 

 

Il y a une très forte ironie dans ton travail, je pense notamment à des phrases comme «Fo ke les gens aime mon art parce ke moi j’aime largen », que veux-tu transmettre avec cela?

 

L’humour est un très bon moyen d’attaquer des sujets profonds avec légèreté. Dans mes peintures tout ce que j’écris je le pense, j’ai aucune pudeur à parler d’argent ou autre.

 

Toucher les gens et pas le RSA“, est-ce que tu pourrais m’en dire plus?

Je veux partager mon histoire en espérant que ça touche les gens qui s’y intéressent. Si j’arrive à gagner ma vie en faisant ça je suis réglé. Si un jour je ne parle plus d’argent ça voudra dire que j’en aurais, alors c’est tout ce que vous pouvez me souhaiter.