Festival de Hyères: la Chine de Sarah Mei Hermann, finaliste photo 2018

 

La série “Touch” de la photographe Sarah Hermann dresse un portrait sensible de la jeunesse chinoise. Son projet, étalé sur plusieurs années, s’impose comme l’un des coups de coeur du jury du Festival de Hyères 2018. 

 

 

 « J’ai commencé cette série en septembre 2014, à la résidence d’artiste du Chinese European Art Center à Xiamen. J’y suis restée quatre mois. La résidence du CEAC est réputée, et existe depuis de nombreuses années. Je n’étais jamais allée en Chine, (même pas en Asie !) et j’étais particulièrement curieuse de vivre dans un endroit dans lequel la culture et la langue sont différentes et me sont inconnues. Je voulais apprendre des différences, mais aussi des choses universelles, celles qui lient les gens entre eux : le sens de l’amour et de l’amitié. 

Avant de décider de postuler pour cette résidence et pour la bourse du Mondrian Fund, j’ai rencontré Ineke Gudmundsson, la directrice du CEAC de Xiamen, qui est d’origine néerlandaise. Elle se trouvait à Amsterdam à ce moment là. Elle m’a parlée de la ville de Xiamen, de sa côte et de ses magnifiques plages, de la curiosité de ses habitants à l’égard des étrangers. Elle a aussi évoqué le fait que les femmes y marchent souvent main dans la main. Là-bas, c’est un signe d’amitié. Cela a immédiatement stimulé mon imagination… Là d’où je viens, l’intimité que représente le fait de se tenir par la main en public est habituellement adoptée par les couples, pas par les amis. J’ai trouvé cette forme de proximité très intéressante, en contradiction avec le fait que les marques d’affection sont rarement affichées publiquement en Chine. 

J’étais préoccupée de savoir dans quelles mesures j’allais pouvoir entrer dans leur jeunesse et dans leurs relations, à quel point ils accepteraient de se révéler à moi. Aussi, je me demandais s’il serait possible de rencontrer de jeunes amoureux prêts à se comporter en tant que tels en ma présence. 

Grâce au Mondrian Fund, j’ai pu financer mon séjour à Xiamen. 

Quand j’y suis arrivée pour la première fois, je me suis sentie complètement perdue dans cette ville inconnue, dans laquelle j’étais incapable de parler la langue ou même de lire un panneau de signalisation. Avant de quitter l’appartement dans lequel je logeais pour aller quelque part, il fallait que je fasse écrire mon adresse en chinois ainsi que l’adresse de l’endroit où j’allais sur un morceau de papier.  Les premières semaines, j’ai donc passé la majorité de mon temps à flâner, à prendre des bus en direction d’endroits inconnus, et à me perdre. Mon appartement se trouvait sur la plage et j’adorais marcher face à la mer avant le coucher du soleil. C’est à ce moment précis que la plage était peuplée de jeunes couples assis, lovés l’un contre l’autre, se prenant parfois en photo ensemble. J’ai alors remarqué qu’ils affichaient leur relation de façon insolite : par exemple, le garçon porte toujours le sac de la fille. Je n’ai jamais surpris de baiser en public. 

Au bout d’un petit moment, j’ai commencé à me sentir chez moi, et de plus en plus à l’aise avec l’idée d’approcher des personnes pour mon projet. J’ai photographié plusieurs jeunes (en majorité des filles), et leurs relations intimes, trouvant mes sujets sur la plage, dans les rues de Xiamen, ou au campus de l’université. Avec certains d’entre eux, j’ai pu construire une relation amicale, en les photographiant plusieurs fois à travers le temps. Depuis ma session de travail de quatre mois, j’ai pu retourner à Xiamen trois fois : en 2015, pour encadrer un workshop au Xiamen Art College, en novembre 2016 et 2017 pour l’exposition de mon travail au festival de Jimei x Arles International. 

Lors de chacune de mes visites, j’ai revu les mêmes jeunes filles, je voulais capturer leur évolution. Retourner vers les mêmes sujets plusieurs fois est probablement l’un des aspects les plus importants de mon travail. 

De cette façon, la série «Touch» est un projet toujours en cours, dans lequel je photographie les mêmes personnes encore et encore, sur une longue période de temps, comme pour la majorité du reste de mes travaux.

C’est un immense privilège pour moi que ces gens me fassent confiance, me laissent entrer dans leur monde affectif, et partagent parfois des secrets avec moi. 

J’espère de tout cœur que j’aurai la possibilité de mener ce projet aussi loin que possible. »

 

Haiqing –  « J’ai rencontré Haiqing en 2014 à l’ouverture du CEAC. Elle avait 19 ans.  J’ai immédiatement été attirée par son visage serein et son silence. Elle est l’une des premières personnes que j’ai photographié, et cette photo est la première que j’ai prise d’elle. Elle est avec sa petite amie de l’époque.  Elle est devenue l’un des sujets les plus importants de ma série, et je la photographie à chaque fois que je retourne à Xiamen. »

 

 « Dans mon travail,  la thématique de la transition et du perpétuel changement que traversent les jeunes sur le chemin de l’âge adulte est récurrente. Je suis attirée par les constitutifs de cette étape : l’intensité, la vulnérabilité et parfois la solitude. Aussi, ça m’intéresse de travailler autour de la “zone grise” entre l’amour et l’amitié ; l’ambiguïté des relations humaines à certaines périodes de la vie. »

 

Xue Min et Han Xu – « Mes rencontres avec les jeunes de Xiamen m’ont fait réaliser que le langage n’est pas toujours nécessaire pour se rapprocher des autres. L’une de mes plus belles expériences était de rencontrer et de photographier le jeune couple Xue Min et Han Xu, que j’avais vu marcher dans la rue une après-midi. Je les ai suivi pendant dix minutes avant d’avoir le courage de les approcher. Ils ne parlaient pas un mot d’anglais, alors je leur ai montré des phrases que j’avais imprimé (j’emportais ce papier partout, il y avait quelques phrases traduites en chinois.) Nous étions silencieux, au service de notre moment passé ensemble, sans avoir aucun langage auquel se raccrocher. »

 

 

Linli –  « J’ai rencontré Linli (à gauche) lors de ma résidence artistique au CEAC. Je l’ai photographiée plusieurs fois durant ces quatre mois et nous sommes toujours en contact. Nous avons une relation amicale privilégiée, et échangeons très librement sur nos vies et nos histoires d’amour. À chaque fois que je viens à Xiamen, je la photographie. Sur cette photo, Linli est avec sa première petite amie, Naomi. Elles venaient à peine de se mettre ensemble, elles étaient très amoureuses à ce moment là. »

 

 

 

 

 

 

 « La série Touch est un projet toujours en cours, dans lequel je photographie les mêmes personnes encore et encore, sur une longue période de temps, comme pour la majorité du reste de mes travaux. »

 

 

 

 « Lors de chacune de mes visites, j’ai revu les mêmes jeunes filles, je voulais capturer leur évolution. Retourner vers les mêmes sujets plusieurs fois est probablement l’un des aspects les plus importants de mon travail. »