Correspondance: Pauline Delfino et Inès Hadjazi

23.03.2020

Correspondance: Pauline Delfino et Inès Hadjazi

 

 

Je suis assise sur le rebord, il y a une fille de l’autre côté de la rue qui me regarde. Le soleil chauffe la pièce dans laquelle je vais passer les prochaines semaines. Peut-être les prochains mois. Aujourd’hui aucune illumination, un piètre désengagement.

 

Photographie Inès Hadjazi – Poème Pauline Delfino

 

 

Le son du silence finit par gagner. La chaleur dans l’air, contre ma peau, écrase la foule d’informations. Je regarde ce que je vois : la fenêtre sous les toits, l’immeuble et la fille qui s’offrent à moi.

 

 

La jeune fille est brune jais, ses cheveux fins volent près de son visage. Tous les quart-d’heure, elle apparaît à une autre fenêtre. Elle me regarde, elle me sourit. Je la vois elle, un point blanc et noir contre une facade blanche. Sale et éclatante comme les maisons de bords de mer. Le blanc de la facade se marie au bleu du ciel. Les toits en myriade scintillent en reflet du soleil. Entre les cheminées, il y a le gris paisible des nuages immobiles. Du jaune aveuglant contre un bleu plaqué. Je prends un verre d’eau avec un baiser neuf. Des gouttelettes sur ma lèvre supérieur, le goût salé de l’été de toujours, au loin, dans l’attente.

 

 

La pierre grise et ambrée des bâtiments, les cailloux chauds que je tiens contre la paume de mes mains. En ricochet, les voisins sortent à la fenêtre. Des visages s’étirant rivés à l’horizon. Ils s’endorment sur leur canapé, gardant la plage blonde en souvenir. Ma serviette sur le rebord de la fenêtre est bleue. C’est une promesse. Mes reins, mes hanches, mes jambes sont disposés sans douleur et sans précipitation contre les grains de sable.

 

 

 

Le ciel embrasse la terre. Du bleu, partout. Et ce point de lumière qui s’est introduit en moi. De la maison, je ne vois plus que le reflet de la mer contre les toits sourds.