Babysolo33, le renouveau de la pop française

14.02.2020

Babysolo33, le renouveau de la pop française

 

Photographie Aurora Troise

Make-up/hairMathilde Hamon –  Interview Maria Teresa Betancor Abbud

 

Un ciel gris, le bruit des scooters, un chouchou rose, une mélodie. Cachée dans sa doudoune Rivaldi oversize, Babysolo33 nous rejoint au studio pour faire quelques portraits, accompagnée de son manager et acolyte Yassine Bouhouia. Dans nos oreilles, la voix électrique et sensuelle de Giulia, 23 ans, alias Babysolo33, qui vient de sortir un tout nouvel EP « Solo2019 ». Six sons, dix-sept minutes, c’est une passerelle : le vendredi soir devant la Star Academy, une sucette à la fraise qui colle sur le pyjama, puis une soirée en appart’, survoltée, sous vodka-pomme et fars à paupières, où il était venu la chercher en scooter, ce soir-là. Babysolo33 s’écoute entre amis, ou seul face à son ordi, mais ce n’est pas l’essentiel, car c’est avant tout une histoire d’amour, de Giulia et de toutes les personnes qui veuillent bien y prendre part. De la force, de la mélancolie aussi : c’est un match digital qui se pixellise, et qui n’est jamais celui que l’on imaginait. 

 

« Un des moments très important a été lorsque j’ai découvert le rap […] j’ai découvert PNL et Hamza, des raps chantés, auto-tunés, qui me parlaient vraiment »

 

 

Comment as-tu commencée à faire de la musique et quelles ont été tes premières influences musicales?

J’ai commencé à essayer l’autotune pour rigoler avec mes copines. Dès que j’ai commencé, j’ai trop aimé et je ne me suis pas arrêtée, j’ai passé des nuits blanches à faire ça sans connaître les bases. J’ai tout appris sur le moment, toute seule dans ma chambre. La musique que je fais vient de tout ce que j’ai pu écouter depuis que je suis enfant. Mon père est italien, il écoutait beaucoup de chansons d’amour italiennes, très mélancoliques. Un des moments très important a été lorsque j’ai découvert le rap, c’est un garçon qui m’a introduit à cette musique, j’ai découvert PNL et Hamza, des raps chantés, autotunés, qui me parlaient vraiment. Mon ouverture au rap m’a permis d’écouter Yung Lean, Trippie Red…

 

 

Comment définirais-tu ton style musical?

Je dirais que c’est de la cloud rap. C’est dur de définir parce que c’est vrai que les catégories musicales sont encore assez rigides pour la richesse de notre époque. Je ne dirai pas que je fais de la pop, même s’il y a des gens qui me mettent dans cette catégorie. Ma priorité est l’émotion, du coup je dirai que c’est de la musique d’abord du coeur,  mais j’ai envie que ça fasse un peu danser.

 

 

Quelle est la place d’internet dans ta création?

Je parle beaucoup d’amour et de garçons, et actuellement il y a beaucoup d’histoires d’amour qui sont principalement virtuelles, ce qui peut poser beaucoup de problèmes. La barrière virtuelle est toujours compliquée, on ne sait jamais comment interpréter vraiment ce que la personne en face veut dire, du coup ça laisse trop de place à l’imagination. Tout ce qui est virtuel, ça me stresse, donc j’ai envie d’en parler pour partager mon ressenti, par exemple dans Unfollowla je met en scène la situation où tu vois que l’autre personne que t’aimes ne te suit plus et qu’elle suit quelqu’un d’autre. Mais comment on est censés l’interpréter? Est ce qu’un unfollow ça veut dire « je ne t’aime plus »?

 

Comment se passent les enregistrements, notamment celui de Solo2019, ton dernier EP ? 

Au départ je faisais ça toute seule dans ma chambre. Pour mon EP,  j’ai fait la moitié en studio, et la moitié chez moi. J’aime bien garder les premières prises, c’est là que je suis solo, les émotions sont plus spontanées. J’ai adoré enregistrer en studio parce que j’ai l’impression d’avoir une voix de diva par rapport à quand j’enregistre chez moi dans ma chambre, mais en termes de sincérité, je trouve que ça marche mieux quand je suis toute seule. À la base, je ne suis pas une chanteuse, j’utilise l’autotune, et vraiment au début je faisais ça juste pour me soulager, pour vider mon sac. Donc là j’ai envie de continuer comme ça, à dire simplement ce que j’ai sur le coeur. J’aurai pu me donner une image plus Lolita ou fille sexy pour mieux me vendre, mais ça ne m’intéresse pas, je ne suis pas là pour faire semblant.

 

« J’ai eu l’idée d’utiliser Tinder pour faire ma promotion »

 

 

Tu parles souvent de Tinder dans tes chansons, c’est une application que tu utilises souvent? 

Au début, c’est mes copines qui m’ont dit de l’installer parce que ça faisait longtemps que j’étais seule. J’ai trouvé ça bizarre, du coup vu que je faisais de la musique j’ai eu l’idée d’utiliser Tinder plutôt pour faire ma promotion que pour rencontrer des garçons. J’ai refait mon profil avec des photos où j’étais masquée et j’ai mis mon lien SoundCloud. C’est là que mon expérience Tinder est devenue vraiment cool, les gens écoutaient ma musique. Ça me faisait plaisir parce qu’au début je ne voulais pas faire écouter ma musique à des gens proches, je ne voulais pas qu’ils entendent mes chansons d’amour, du coup Tinder me permettait de montrer mes sons à des inconnus. J’avais des avis extérieurs, des conseils, des encouragements, mais aussi des conversations sur des histoires d’amour. Si je fais mes promos sur Instagram je ne vais pas toucher les bonnes personnes. Je ne suis pas du genre à faire trop de promotion mais dans le cas de Tinder je me suis dit que c’était l’endroit pour, et au final j’avais plus l’impression d’être dans un lieu de parole que dans une application de rencontre.

 

 

Quelle a été ta propre expérience amoureuse? 

J’ai eu une très longue relation de mes 14 ans jusqu’à mes 20 ans. Si maintenant je suis solo, c’est parce que j’ai décidé de me retrouver seule après avoir passé 6 ans avec le même garçon. Ça a été compliqué de rencontrer des garçons après parce que je ne savais pas comment m’y prendre, j’étais larguée, je ne comprenais rien aux relations. J’ai commencé à écrire sur mes relations pour essayer de comprendre ce qui n’allait pas et les analyser. J’ai toujours beaucoup souffert même pour des petites histoires parce que je suis très sensible, et j’ai l’impression que l’amour en général c’est quelque chose de très compliqué. Je parle surtout de ce que j’ai vécu après mes 20 ans, mais vu qu’avant j’avais une relation très passionnelle il y a des éléments qui se mêlent. Je passe beaucoup de temps à réfléchir sur les relations, avant je pensais que ça avait un côté destructeur de remuer autant les choses mais au final ça me fait produire des choses.

 

 

« Tu peux m’appeler toutes les nuits entre 0 et 2, little boy, si t’as des bleus », le Babyphone, la ligne directe sur laquelle on peut t’appeler, tu peux m’en parler?

Quand Tinder a supprimé mes comptes, il fallait que je trouve un autre moyen pour continuer les discussion sur la musique, sur l’amour et autres que j’avais. Sur Instagram c’était compliqué, on vient souvent me parler de travail mais ce n’est pas le même rapport. Finalement avec mon label on a décidé de mettre en place un téléphone sur lequel on peut m’appeler, et même s’il a été récemment en stand-by ça a plutôt bien marché, j’ai eu des appels assez marrants. Le plus souvent c’est des garçons qui téléphonent, j’aime bien ce rapport parce que je parle beaucoup de garçons dans mes chansons et du coup entendre ce qu’ils ont à me dire ça m’aide à me mettre à leur place. Puis en fait j’aime bien juste écouter les histoires des autres.

 

« Mon but, c’est qu’on ne soit plus jamais seuls »

 

Tes clips sont spontanés et semblent personnels, comment les imagines-tu?

J’ai fait la plupart des clips. Je filme mes copines depuis très longtemps du coup j’ai beaucoup d’images en stock que j’aime retravailler pour me clips. J’aime bien l’idée de jouer avec les souvenirs, ça me plaît de partir sur des images déjà existantes. En vrai quand je dois faire mes clips, je suis tout le temps à la bourre, je décide tout avec mes copines sur le tas lors du montage, on cherche un concept, une idée et c’est parti. On fait tout avec les moyens du bord, l’important c’est qu’il y ait des émotions qui ressortent.

 

 

Ton premier morceau?

Il s’appelait Cinq heures trente mais il n’est jamais sorti. Je passais l’été à Biarritz et j’avais eu une histoire avec un garçon, mais ça ne s’était pas bien passé. J’avais écrit sur cette relation et en rentrant à Bordeaux j’ai installé l’autotune et je me suis enregistrée entrain de chanter le texte. J’ai fait ça juste pour me défouler mais au final mes copines ont adoré. C’est là qu’elles ont commencé à m’encourager à faire d’autres sons.

 

Quels sont tes futurs projets?

Je continue fort, je suis tout le temps en train d’essayer d’écrire des paroles et de chanter. Là je commence à avoir envie de travailler plus en studio, en équipe. J’aime bien faire ma musique toute seule dans ma chambre mais quand c’est fait en studio c’est un travail d’équipe et c’est toute une expérience. Je m’appelle BabySolo mais je ne suis pas solo, j’ai une équipe derrière avec laquelle je travaille et je suis très contente. J’ai aussi envie de continuer à discuter comme je le faisais sur Tinder et maintenant avec le Babyphone. Mon but, c’est qu’on ne soit plus jamais seuls.