Laura Ben Hayoun: Emmaüs, une maison

21.01.2020

Laura Ben Hayoun: Emmaüs, une maison

 

 

Photographie: Laura Ben Hayoun – Texte: Pauline Delfino

 

Marcher, fumer, saluer, se coucher, donner la main. Ce sont les gestes que les pensionnaires du centre Louvel-Tessier, dans le 10ème arrondissement de Paris, ont effectué devant la caméra de Laura Ben Hayoun lorsqu’elle leur a demandé de rejouer leur arrivée dans le centre d’hébergement.

En 2015, dans le cadre des Rencontres de la Photographie du 10ème arrondissement de Paris, une biennale organisée tous les deux ans par l’association Fetart en collaboration avec la Mairie de Paris, le Collectif Neuf, un groupe de jeunes photographes originaires des Beaux-Arts de Paris, se réunit pour la première fois au centre d’accueil Louvel-Tessier pour faire dialoguer vie quotidienne et mémoire collective des pensionnaires.

Alors membre du collectif, Laura Ben Hayoun, réalise la série Emmaüs, Une Maison. Travaillant in situ sur le lieu d’hébergement, elle invite les pensionnaires à reproduire leurs expériences individuelles et collectives.

Les images « suspendues » de Laura insistent sur le caractère temporaire des logements sociaux. Les espaces d’accueils ne sont qu’un lieu de passage pour les pensionnaires. Et pourtant, ils marquent des trajectoires individuelles.

En demandant aux pensionnaires de rejouer leur arrivée au centre, Laura reconstruit une histoire de ces passages qui souvent laissent peu, voire aucune, trace visible. Le jeu, l’interaction, la ré-écriture corporel du passé, installent une dynamique dans un passage marqué par l’attente d’un nouveau logement, probablement provisoire lui aussi.

Un jeu de mémoire se met en place pour recréer une histoire individuelle marquée par l’arrivée dans un lieu collectif. Les pensionnaires parlent de leurs expériences, mais avec un autre langage que la parole. A partir de leurs souvenirs, entre réalité et fiction, ils performent librement devant la caméra. En jouant leur passé, les pensionnaires inventent, réinventent et donnent sens à leurs histoires.