Amour fou: la fête éternelle de Saint DX

31.10.2019

Amour fou: la fête éternelle de Saint DX

 

Saint DX, c’est un cœur en bandoulière sur fond de synthétiseur sacré à la douceur mystique. C’est aussi un premier EP où se mêle avec grâce intensité des bonheurs ivres et larmes silencieuses. Une pop électro-romantique pleine de mots tendres qui te donne irrésistiblement envie de fermer les yeux et de danser. Saint DX chante la fin d’un amour fou et sa résurrection comme on proclame l’éternel recommencement d’une fête que l’on croyait pourtant finie… Dans son studio Faubourg du Temple, accoudés sur un piano d’une blancheur immaculée, nous avons tenté de pénétrer ces beaux mystères.

 

Entretien: Victoire Pallard – Photographie: William Fleming

 

Hello Saint DX ! Tu as quel âge, tu viens d’où et tu habites où? 

J’ai la trentaine, je viens de Massy Palaiseau et j’ai récemment quitté la région parisienne pour aller vivre dans une maison avec des amis à Marseille. 

 

Ça veut dire quoi Saint DX ? 

Ça vient du nom d’un synthé, le DX7, que j’ai acheté sur Leboncoin.fr pour cinquante balles il y a environ deux ans. À ce moment là, j’étais en train de me chercher un nom et je galérais… jusqu’à cette fameuse nuit où j’ai rêvé que je m’appelais « Saint DX ». Je me suis réveillé et je me suis dit « Ok, je le garde ». Pour le coup, je n’utilise pas que ce synthé dans ma musique mais c’est vrai que ça a été le point de départ de beaucoup de compositions.

 

 

Comment t’es venu l’envie de faire de la musique ? 

Depuis que je suis tout petit. En fait, je ne me suis jamais posé la question de savoir si j’avais envie de faire autre chose, j’ai toujours voulu faire ça. Même si je me suis un peu égaré dans les études pour faire plaisir à mes parents c’est toujours resté en moi. D’ailleurs mes parents ne sont pas musiciens mais ils sont très mélomanes : il y avait tout le temps de la musique à la maison, du matin au soir. 

 

« Je n’arrivais pas à comprendre qu’il fallait apprendre pour pouvoir commencer à se faire plaisir »

 

À quoi ressemble ton parcours? 

J’ai fait du piano au conservatoire en redoublant littéralement toutes les années. Je préférais jouer aux jeux vidéo. Je n’étais pas du tout solfège à cet âge là et je voulais que tout soit immédiat, je n’arrivais pas à comprendre qu’il fallait apprendre pour pouvoir commencer à se faire plaisir. Et ce qui me faisait le plus plaisir à l’époque, c’était de jouer à Final Fantasy ou à Crash Bandicoot sur Playstation. Puis je suis arrivé au collège et j’ai découvert Nirvana, Guns N’Roses… Je me suis donc mis à faire de la guitare, je voulais faire du rock. Je me souviens, j’allais souvent chez un ami qui avait littéralement la chambre typique de l’ado dans les films : tapissé de posters du sol au plafond. Vraiment, sa chambre était dédiée à Slash et aux Guns N’Roses. Après, je me suis mis à chanter dans des groupes et ma voix est devenue mon instrument. 

 

 

Et tu es aussi auteur-compositeur en plus d’être chanteur et musicien ?

Oui. Toutes les chansons que je joue, je les ai écrites et composées. Je bosse aussi avec un batteur sur scène et on a quand même fait pas mal de répétitions ensemble pour débloquer certaines chansons. Mais sinon oui, ce sont mes chansons. 

 

Comment définirais-tu ton style musical ?

Je ne sais jamais quoi répondre à ça. J’aime bien le terme hyper générique de pop music. Ça englobe plein de choses, c’est large mais c’est justement le propre de la musique populaire. 

 

J’ai beaucoup pensé à Sébastien Tellier en t’écoutant…

J’aime beaucoup, j’adore complétement le groove et le côté très sensuel de Tellier. Notamment l’album Sexuality avec le morceau Roche : cette chanson m’a tellement habitée ! Elle a forcément eu une grosse influence. 

 

 

C’est quoi d’ailleurs tes influences ?

Pour Saint DX, je me suis mis à réécouter toutes les chansons de mon enfance. Il y a vraiment eu ce moment où je me suis dit : « j’ai envie de faire la musique dans laquelle je baigne depuis toujours ». Je suis né à la fin des années 80 mais c’est vraiment les années 90 qui m’ont le plus marquées. Pendant longtemps, j’ai eu beaucoup de mal avec les sonorités des années 80. Les albums de Prince je ne pouvais pas les écouter, je trouvais ça infâme. Le DX7, ça a justement été le grand best-seller des synthés dans les années 80. Tout le monde l’avait, soit dans son studio d’enregistrement, soit à la maison. C’est pour ça que ces sons sont si reconnaissables. Après, la BO du Grand Bleu, je crois que c’est vraiment l’une de mes plus grandes influences. J’aime aussi énormément Sade, Frank Ocean, Kanye West… Et, plus underground, Dreamcast et Better Person : des musiques dans lesquelles je me reconnais quand je les écoute. 

 

Et pourtant il y a un morceau dans ton EP qui s’appelle Prince is Dead ! 

Je l’ai composé à la mort de Prince. J’étais dans une histoire d’amour un peu compliquée à l’époque et Prince est mort ce jour là. Je passe beaucoup de temps à faire mes chansons. C’est la première chanson que j’ai composée de A à Z en une fois. J’ai fait une prise et je l’ai gardée telle quelle. Et à la fin je ne sais pas, j’étais dans mes pensées et je me suis rappelé que Prince était mort ce jour là. Je me suis donc mis à le chanter un peu comme si c’était un mantra. J’ai mis du temps à l’aimer mais un jour j’ai découvert l’album de Purple Rain et ça a été un bouleversement. Je crois d’ailleurs que c’est l’une de mes chansons préférées de tous les temps. 

 

 

Il y a aussi une reprise de Take my Breath Away dans ton EP… 

C’est marrant parce que c’est grâce à cette chanson que je me suis acheté le DX7. J’étais obnubilé depuis longtemps par le son de la basse dans cette chanson alors j’ai fait des recherches sur internet pour savoir d’où il venait et il s’est avéré que c’était celui du DX7.  Dès que j’ai eu mon synthé, je me suis mis à faire une reprise de cette chanson. 

 

C’est quoi tes sources d’inspirations quand tu composes un morceau ? 

Les histoires d’amour que je peux avoir, les ruptures, tous ces moments d’amour très fort et ces instants de joies ou d’extrême tristesse qui leur sont liées. Ces états très chargés en émotion où tu te sens hyper vivant. Ou alors l’inspiration vient au contraire de ces longs moments d’ennuis, de ces journées entières passées à essayer de travailler… Et tout d’un coup, pendant une heure tu vas débloquer un truc hyper fort dans une chanson. Voilà, des moments d’amour extrême ou des moments d’ennuis profonds. 

 

 

À quoi veux-tu que les gens pensent en écoutant ta musique ? 

Je ne veux pas forcément qu’ils pensent mais qu’ils ressentent des choses. En fait j’aimerais qu’ils ressentent exactement ce que je ressens quand je les ai composées. Je voudrais qu’ils ressentent là où je mets la joie et là où je mets la douleur et pouvoir me sentir connecté avec eux. J’ai vraiment envie de donner mes émotions à ressentir à ceux qui m’écoutent et qu’ils soient touchés de la même manière dont je suis touché quand j’écoute la musique que j’aime. C’est exactement la même chose quand tu lis un bouquin : t’es là et tu te dis « merci de parler pour moi ». Mais la musique, ce n’est pas comme les mots en littérature ou les images au cinéma, c’est vraiment un truc de pur ressenti. C’est fou du coup, ce médium du son, cette possibilité d’établir une connexion, un dialogue, un langage d’émotions. 

 

Qu’est-ce que tu voudrais déclencher chez tes auditeurs?

Je voudrais que ma musique déclenche chez eux des envies similaires à celles que me déclenchent les gens que j’aime. 

 

En écoutant tes sons, il y a quelque chose de très romantique et de très mélancolique qui transparait. En même temps, on sent aussi une volonté de toujours se relever et de continuer coûte que coûte. Un grand sensible combatif, ça t’irait bien comme définition ?

Combatif je ne sais pas mais méga-trop-sensible c’est sûr. Avec quand même des sursauts d’héroïsme, même s’ils sont plutôt très courts et très épisodiques.

 

 

« De la même manière que j’ai mis du temps à accepter le fait d’être chanteur, j’ai mis du temps à assumer de chanter en français »

 

Tu mélanges souvent l’anglais et le français dans un seul et même morceau, il y a une raison particulière à ça ?

De la même manière que j’ai mis du temps à accepter le fait d’être chanteur, j’ai mis du temps à assumer de chanter en français. Je pense que quand tu chantes, tu es vraiment en slip devant les gens, et chanter en français, c’est comme enlever ton slip. T’es tout nu. Mais la voix que j’ai en français n’ai pas la même que celle que j’ai en anglais, je ne peux donc vraiment pas véhiculer les mêmes émotions. Par exemple dans Xphanie, ce que je chante en français correspond à ce que j’ai envie de dire à la personne que j’aime et ce que je chante en anglais correspond plus au discours de cette fille qui me parle d’une manière plus détachée. Et puis le fait de ne chanter qu’une seule phrase en français comme je l’ai fait dans Prime of Your Life permet à cette phrase de devenir la phrase la plus importante du morceau même si elle n’est pas dans le refrain.  

 

Récemment tu as sorti le clip de Prime of Your Life, tu peux me raconter l’histoire du clip ? 

Quand j’ai rencontré David Luraschi, le réalisateur du clip, on a tout de suite connecté. Je lui ai envoyé cette chanson et il m’a dit « Ça me parle beaucoup, j’aimerais beaucoup faire quelque chose avec toi ». J’avais envie de faire un clip avec de la danse avec cette idée : être filmé en train d’apprendre à danser. J’ai toujours voulu apprendre à danser. David m’a dit « Moi aussi je vois de la danse et j’ai envie de partir à Hong Kong. » Je ne lui ai même pas demandé pourquoi il voulait partir à Hong Kong et je lui ai dit ok. Puis, il a tapé « danse » et « Hong Kong » sur Youtube et il est tombé sur les vidéos de cette femme incroyable : Lilian Lo, championne de Line Dancing, une danse dérivée de la musique country. David, m’a alors envoyé une vidéo avec ma musique sur l’une de ses danses et m’a dit « je crois que c’est ça qu’il faut qu’on fasse ». Quand on a contacté Lilian, on ne savait pas du tout qui elle était, mise à part qu’on adorait ses performances. Elle ne répondait pas aux mails, alors David lui a envoyé le mail de la dernière chance. Et là, Lilian a répondu ! A partir de ce moment-là, il l’a convaincue. Elle a commencé à nous envoyer plein de vidéos pour que j’apprenne à danser et elle a même créé une chorégraphie spécialement pour ma chanson qu’elle a adoré. L’idée c’était que je danse avec elle dans le clip, mais c’est tellement technique comme danse ! Franchement j’ai essayé, j’ai passé des heures devant ma glace et tout… Impossible. On est quand même parti à Hong Kong pour aller la filmer en train de danser dans sa salle de répétition avec deux de ses amies. C’était extraordinaire. C’était fou. 

 

 

Tu as appris à danser depuis ou bien ça reste pour toi un désir inassouvi ? 

J’aime beaucoup danser en soirée maintenant, mais sinon j’ai toujours été le gars qui reste sur le banc. J’ai du danser un seul slow avec une fille de toute ma vie.  Je ne dansais jamais. Pourtant j’adore faire n’importe quoi avec mon corps. C’est un peu comme le chant, c’était le dernier rempart pour ne plus avoir peur du regard des autres. 

 

Ton premier EP va sortir en novembre, qu’est-ce que cet EP représente pour toi ?

Deux ans de travail et de rencontres. Je le vois plus comme un mini-album. Chaque chanson me fait penser à quelqu’un en particulier dans un moment particulier. C’est vraiment deux années de ma vie condensées en neuf chansons. Deux années que j’ai trouvé formidables, et qui ont été très fortes pour moi. C’est aussi une manière de réunir tous les morceaux qui étaient déjà sortis en digital et de pouvoir me dire « ok, maintenant je peux passer à autre chose ». 

 

Et la scène, comment tu l’envisages ? 

La scène, c’est le moment où tout se concrétise. Je passe tellement de temps seul ici dans mon studio que c’est un peu le moment où tout prend sens. J’ai l’impression de faire un peu tout ça pour ça. Prochain rendez-vous: le 12 décembre au Point Éphémère à Paris.