À Los Angeles, Farr exporte la musique londonienne

26.02.2020

À Los Angeles, Farr exporte la musique londonienne

 

 

Si l’on devait définir FARR, ce serait avant tout une rencontre. Ou plutôt plusieurs rencontres : entre Los Angeles et Londres, entre un chanteur et un producteur, entre la soul et l’électronique. La rencontre entre Romeo et Linden, deux musiciens issus d’univers très différents mais qui convergent dans l’idée que la musique doit avant tout être un discours, une histoire à laquelle nous puissions tous nous rattacher sans difficultés. Leur prochain album Weightless est le résultat d’un travail commun de quatre ans. Les paroles et la voix de Romeo s’accordent avec les beats de Linden, des lignes vocales lyriques sur un fond d’électronique douce, planante qui invite à l’introspection. C’est un voyage à travers les émotions, une invitation à nommer la haine, nos émotions risibles dans un cadre quotidien.

 

Interview Maria Teresa Betancor Abbud – Photographie Nahwand Jeff et Lennon Gregory

 

« Il est très important de donner une voix à tout le monde »

 

Comment a commencé le projet FARR ?

Linden : On s’est rencontré lors d’une séance studio à Londres. En tant que producteur, je cherche toujours des chanteurs avec qui travailler et avec Romeo ce fut presque un coup de foudre. Sa voix était en totale harmonie avec mes sons. Après ça on est resté en contact quand Romeo est parti aux USA, on a commencé à s’écrire, s’appeler, s’envoyer des vocaux avec des idées pour des chansons. Dans les mois suivants on a fait six ou sept morceaux comme ça. À l’époque nous avions tous les deux beaucoup de projets, mais FARR s’est mis en place de façon très naturelle, c’était une évidence de travailler ensemble.

 

Est-ce que la distance a été un obstacle pour votre travail?

Romeo : Malgré le décalage horaire on se répond toujours très vite, on arrive à monter rapidement nos morceaux, et on se déplace assez souvent pour mettre tout en commun. On a tous les deux le même rapport à la musique ce qui fait que ça marche bien entre nous. Jamais on ne se dit « vas-y on s’assoit et on écrit une chanson », c’est toujours très fluide, très naturel parce qu’on s’entend très bien, parce qu’on est amis. Quand on travaille ensemble c’est comme passer du temps entre amis.

 

 

Quand vous vous êtes rencontrés, vous étiez déjà tous les deux des musiciens affirmés. Quel sont vos parcours individuels? Quelles sont vos influences musicales?

Romeo : J’ai commencé la musique à 7 ans avec la guitare et depuis je ne me suis jamais arrêté. J’ai toujours écouté beaucoup de R&B, c’est un style musical que j’ai toujours aimé. Les chanteurs de Motown m’ont beaucoup marqué aussi.

Linden : Mon grand frère avait un groupe et de temps en temps je jouais de la batterie avec eux, c’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser à la musique. James Brown a été un de mes plus grands référents musicaux pendant toute mon adolescence : je me rappelle qu’à 14 ans aucun de mes amis ne connaissait sa musique, c’est moi qui leur ai fait découvrir. Je l’écoutais avec mon walkman sur le chemin de l’école comme si c’était ma bande sonore.

 

 

Les paroles de vos chansons sont très limpides, on sent une volonté d’exprimer des émotions de façon directe. Est-ce que dans votre nouvel album on retrouve cette charge émotionnelle si caractéristique de vos textes?

Romeo : L’album est une expression de la perte. Ma principale motivation quand j’écris est de connecter avec les gens, que tout le monde puisse s’identifier sans pour autant sombrer. J’écris pour réconforter, pour guérir. Mes paroles sont simples, je n’entre pas dans des métaphores poétiques complexes parce que ça ne permet pas une identification aussi directe. Je veux surtout connecter avec la réalité, parler de vies réelles, et sur ça Linden et moi on se comprend. On n’a pas envie de faire uniquement des chansons d’amour. Je n’ai rien contre les chansons d’amour mais il y a d’autres possibilités qui s’offrent à nous. La seule façon dont on puisse contribuer à la musique et à la culture aujourd’hui c’est en normalisant les émotions (la tristesse, l’amour, le bonheur…). Pour moi, il est très important de parler de sentiments, de donner une voix à tout le monde.

 

« C’est important d’affronter ses émotions, d’en parler et que c’est justement en comprenant ce que l’on ressent que l’on devient plus fort »

 

En écoutant vos chansons, j’ai eu l’impression que les paroles qui sont si chargées émotionnellement contrastent beaucoup avec les rythmes et les beats qui ne sont pas du côté de la surcharge émotionnelle. Est-ce que ce contraste est intentionné?

Linden : On fait en sorte de créer une juxtaposition, de chercher des opposés. Nos paroles sont dures mais en même temps ça fait du bien d’écouter nos chansons.

Romeo : Pour l’album notamment on voulait faire passer le message que c’est important d’affronter ses émotions, d’en parler et que c’est justement en comprenant ce que l’on ressent que l’on devient plus fort.

 

Comment s’est passé le lancement de l’album? Quelques unes des chansons sont sorties, mais pas toutes, comment ce choix a était fait?

Linden : On a eu des longues discussions et finalement on a décidé de sortir que quelques morceaux en amont. Le choix était assez instinctif, on a senti que c’était ceux qui allaient toucher le plus grand nombre. Finalement dans l’industrie de la musique l’instinct est important.

Romeo : Dans tous les cas, il y en a pour tous les goûts dans cet album, chacun peut trouver la chanson qui lui correspond le mieux, qui lui parle plus. Et ça c’est le plus important pour nous, connecter avec les autres, raconter notre histoire à nous tous.

 

 

Vous avez sorti un nouveau single récemment « Heal me ».

Romeo : Quand on a fait cette chanson, on était ensemble à Londres. J’avais passé une nuit très compliquée et le matin je ne me sentais vraiment pas bien. On avait des séances de studio prévues pour le jour même avec des gens très importants, mais je voulais tout annuler. Finalement je me suis décidé à y aller, et j’ai eu l’idée de « Heal me » sur le chemin vers le studio. Pour le clip, j’avais vraiment des atteintes assez poussées. On a fait la moitié à L.A et l’autre moitié à Londres. Linden a trouvé quelqu’un a Londres qui nous a aidé à construire l’histoire du clip, c’était juste parfait.

 

 

 

Quels sont vos projets pour le futur?

Linden : On a prévu quelques collaborations notamment avec des artistes de rap. Les prochaines semaines on a beaucoup de séances de live, de concerts… c’est vraiment un mois chargé. Si non, en tant que producteur, mon prochain défi c’est de faire briller encore plus la voix de Romeo dans nos chansons, de continuer à expérimenter.

Romeo : On pense déjà au prochain album, on a quelques enregistrements déjà prévus. Pour ma part je vois quelque chose de minimaliste, ce sera surtout ça l’enjeux. Linden et moi avons envie d’évoluer constamment, je pense sincèrement que ceux qui ont le plus de succès en musique sont ceux qui sont toujours partants pour innover, pour créer des nouvelles choses. Notre musique évolue avec nous.