À Chicago, rencontre avec le cinéaste Amir George

30.03.2020

À Chicago, rencontre avec le cinéaste Amir George

 

Entretien: Victoire Pallard – Photographie: Alessandra Spairani

 

Amir George est un cinéaste, artiste et curateur américain devenu célèbre avec Black Radical Imagination, un programme de tournage expérimental de films internationaux qu’il a co-fondé avec Erin Christovale. Amir a grandi dans le sud de Chicago. Il a fréquenté le Columbia College de Chicago puis a décidé d’abandonner et de se consacrer à sa carrière de cinéaste. Il a commencé à tourner des clips pour des musiciens locaux tout en organisant des projections de films indépendants à Chicago. 

Les films d’Amir ont été projetés notamment au Museum of Contemporary Art de Chicago, au  Museum of Contemporary Art de Detroit ou encore lors de festivals de cinéma comme Arbor Film Festival, Trinidad and Tobago Film Festival, BlackStar Film Festival et Chicago Underground. 

En exclusivité pour Soleil Rouge, Amir George nous présente son court-métrage Optimum Continuum 3.1, en ligne juste ici.  

 

Salut Amir ! Tu peux te présenter en quelques mots ? 

Je suis Amir, je viens de Chicago, je suis réalisateur et curateur : mes films sont des juxtapositions de séquences non-linéaires enracinées dans l’esthétique et la mystique de la black culture et je suis curateur pour le cinéma expérimental non narratif. 

 

 

Pourquoi as-tu décidé de devenir artiste, réalisateur mais aussi curateur ?

J’ai toujours voulu raconter des histoires. J’ai pris la voix de la réalisation de film parce qu’elle englobe toutes les autres formes d’art. Être curateur vient de mon amour pour l’organisation mais aussi du désir de voir plus de représentations de mon travail et de celui de mes pairs dans les expositions filmiques.

 

 

Te considères-tu comme un artiste engagé ?

Je me considère comme un artiste engagé car je me consacre à l’organisation et à la recherche de moyens pour soutenir ma communauté. 

 

Où vas-tu chercher l’inspiration pour créer ? Est-ce qu’il y a des œuvres d’art, des artistes ou des personnes autour de toi qui te guident dans ton processus de création ?

Je trouve l’inspiration dans mes voyages et dans mon travail curatorial. Il y a également toujours eu des artistes qui m’ont inspiré, comme Lyric R. Cabral, Rikki Wright ou encore Sky Hopinka (trois réalisateurs, N.D.L.R.) récemment. 

 

Futuristic Nike Duffel Bag en collaboration avec Anansi Knowbody.  

Présenté à la Mana Contemporary, Miami Beach. 

 

 

Ton court-métrage Optimum Continuum 3.1 est comme un manifeste de ta vision et de ton univers : une superbe combinaison de danse, de poésie, de musique expérimental, de films muets et parlants et d‘extraits de documentaires qui se répondent comme dans une grande constellation de témoignages… Pour toi, l’art est intrinsèquement politique ? 

Oui, je pense que l’art est politique, inévitablement. Optimum Continuum 3.1 est comme une célébration de la black pride et de l’imaginaire noir dans l’histoire du cinéma. J’ai cherché à évoquer des sentiments à travers ce film, ces sentiments peuvent se traduire aussi bien par des larmes de joie que par juste un sourire. 

 

Dans un autre de tes court-métrages, Man of people, tu présentes des archives filmiques de Harold Washington, le premier Afro-Américain a avoir été élu Maire de la ville aux États-Unis. C’était à Chicago en 1983…

Man of people est un témoignage de l’héritage et de l’action politique d’Harold. Le film nous montre un homme noir qui a pris le pouvoir contre tant d’oppositions et qui est mort au pouvoir. Mon message est de rappeler aux gens qui il était et ce qu’il a signifié politiquement pour la ville de Chicago et au delà.    

 

En 2019, tu as réalisé un clip nommé Impepho pour Angel Bat Dawid, une incroyable compositrice, clarinettiste, chanteuse et devineresse de jazz spirituel. La musique captivante, les jeux de lumières et de couleurs, la présence de masques anciens et l’atmosphère enfumée nous plonge dans un monde au delà du monde visible. Est-ce que la spiritualité tient un rôle important dans ta vie et dans tes films ? 

La spiritualité est présente partout dans ma vie et dans mon travail, et Impepho a été l’occasion d’une nouvelle conversation avec l’Esprit… C’était un véritable honneur de travailler avec Angel Bat Dawid, c’est vraiment une force de la musique. 

 

The Hood We Live In – University of Chicago Arts Incubator 

 

Tu es le curateur du True/False Film Festival à Colombia, qui est décrit sur son site internet comme une « expérience transformatrice, exubérante et extatique », « une aventure cathartique qui oblige le participant à ré-imaginer la réalité, rien de moins. ». Peux-tu nous en dire plus sur le festival et son histoire ?

Je suis l’un des trois programmateurs du True/False Film Festival : nous nous concentrons sur la présentation de films qui font avancer la forme non fictionnelle. Je suis curateur du festival depuis deux ans maintenant mais il existe depuis 2004. C’est un grand événement pour une petite ville, il attire tout le monde du cinéma du Midwest pendant quatre jours. Nous nous efforçons de le rendre plus grand et plus percutant chaque année. 

 

 

Est-ce que tu as de nouveaux projets à partager avec nous ?

Il y a un court-métrage qui sera tourné bientôt que j’ai appelé Silence of Clarity, qui se concentre sur la relation des gens au bégaiement et à leurs angoisses. Je travaille également sur une documentaire expérimental : Conundrums of the Uttermost Importance. 

 

Visionnez Continum Optimuum exclusivement sur Soleil Rouge